Connaissez-vous L'inconnu du lac ?
Ce film que vous pouvez visionner gratuitement sur Arte est un ovni. Une romance gay qui témoigne de l'univers de son cinéaste, Alain Guiraudie : amours homosexuels voire "fluides", environements pastoraux, mise en scène hyper crue des corps, dé-glamourisés au possible... Le tout empreint d'un ton tragicomique très décalé, grivois et onirique.
Mais ce cocktail ne plaît pas à tout le monde. Car le film a subi les coups de ciseaux de la censure. Et pas à l'autre bout du monde : non, en France. Phénomène rare qui exige quelques explications...
Trop sexuel ?
Ou simplement trop "homosexuel" ? On s'interroge toujours, une décennie plus tard, face au triste sort subi par L'inconnu du lac. Bien sûr, le cinéma d'Alain Guiraudie est ouvertement provocateur, sulfureux, dérangeant. Mais cela n'adoucit en rien ces coups de ciseaux...
Car en 2013, lors de son exploitation en salles (un circuit réduit, celui du cinéma d'art et d'essai), le long-métrage voit son affiche... censurée. Carrément dégagée de l'affichage public au sein des villes de Saint-Cloud et de Versailles. La raison ? Ce qu'elle dévoile pourrait choquer. A savoir ? Deux hommes qui s'embrassent sur la bouche.
"Nous sommes surpris car cette affiche est très belle et n’a pas été faite dans une visée provocatrice. Elle n’a rien de choquant", s'est alors offusquée la distributrice Camille Verry auprès d'Allociné.
"Il n’y a aucune violence. Nous avons beaucoup réfléchi à cette affiche, nous l’avons travaillée avec le réalisateur et les producteurs. Elle est à l’image du film, avec un côté facétieux, de la passion, du danger. En plus, le film n’était même pas prévu en salles dans ces villes-là. Nous sommes attristés du signal que cela donne"
Une analyse qui a hélas échappé aux mairies de Saint Cloud et Versailles, situées alors à la droite de l'échiquier politique (des municipalités à l'époque UMP), lesquelles ont exigé de la société d'affichage JCDecaux, qu'elle retire la moindre affiche du film. Il faut dire qu'en 2013, la France est encore bousculée par les frondes réactionnaires autour du Mariage pour tous. Le moindre geste devient alors un acte militant, qu'il soit progressiste ou aille, a contrario, à l'encontre d'une certaine liberté d'expression en faveur des marginalités.
Et puis, tant pis s'il s'agit littéralement d'une œuvre d'art. Car ce visuel d'apparence très candide est effectivement une création de l'illustrateur Tom de Pékin, lequel fut au cœur de nombreuses expos, de Paris à Nice, et a toujours revendiqué son imaginaire queer. D'où la cohérence à voir Alain Guiraudie lui faire honneur.
Ce dernier s'est d'ailleurs exprimé, toujours à nos confrères d'Allociné : "Je n’aurais jamais cru qu’un baiser puisse choquer à ce point. On est en plein dans l’homophobie. Je voulais parler du désir et de l’amour. Que l’on voie deux personnes et non pas deux hommes qui s’embrassent".
Justement, en réaction à ces interdictions, des manifestants indignés iront directement se rassembler auprès des mairies franciliennes concernées pour s'embrasser sur la bouche. Une manifestation on ne peut plus pacifiste face au refus d'afficher.
Un "Cachez ce baiser que l'on ne saurait voir" d'autant plus absurde que le contenu du film est beaucoup moins soft que cette affiche. Parcouru de scènes de corps à corps très explicites, ce néo classique du cinéma LGBTQ est aujourd'hui très réputé à l'international. Et cette involontaire facette polémique, finalement, lui a servi.
Et aujourd'hui, Arte vous le propose gratuitement. Un choix quasiment militant.