Par Quentin Piton Journaliste Séries - Ciné
Journaliste spécialisé dans les séries, le cinéma, mais également les anime et mangas. Passe son temps à rêver d'Emma Watson, considère Olivier Giroud comme le GOAT et refuse de parler avec ceux qui sont contre la vérité absolue qui est : How I Met Your Mother est une meilleure série que Friends.
Les fans de mangas en rêvaient, c'est désormais chose faite : Rokudenashi Blues (anciennement connu sous le titre Racaille Blues en France) imaginé par Masanori Morita a désormais le droit à une réédition "Masterpiece" grâce à Pika. Une véritable bénédiction tant cette oeuvre est culte et mérite d'être lue. On vous dévoile trois raisons de craquer pour ce manga qui a révolutionné le genre furyô.

Tout d'abord, de quoi ça parle ?

Rokudenashi Blues suit l'histoire de Taison Maeda qui débarque au lycée Teiken ! Après un malentendu dès son premier jour qui lui vaut déjà une exclusion temporaire, celui qui se rêve en futur champion de boxe et qui possède une morale très droite portée par certaines valeurs importantes, découvre à son retour que Katsuji et Yoneji, ses deux meilleurs potes, sont malgré eux mêlés à un conflit qui oppose le groupe des supporters et le club de boxe du lycée. De quoi l'obliger à les défendre et se faire respecter, ce qui va progressivement le mener à rencontrer Hatanaka, le capitaine du club de boxe, grand espoir de la discipline dans le pays.

Le manga qui a tout lancé

Quand on pense au genre furyô, on pense immédiatement à deux titres aujourd'hui : GTO (ou plutôt Young GTO) de Tōru Fujisawa et Tokyo Revengers de Ken Wakui. Deux mangas incontournables d'une bonne bibliothèque, mais qui n'auraient probablement jamais pu voir le jour sans Rokudenashi Blues.

Lancée en 1988 et terminée en 1997, cette série de Masanori Morita a plus que jamais posé les bases d'une révolution pour ce genre. Si le manga n'en est pas le précurseur, il est en revanche celui qui lui a redonné ses lettres de noblesse en allant au-delà des clichés et en s'intéressant pleinement à ses héros et leurs moteurs, le tout en les ancrant dans une réalité qui facilite autant l'immersion que l'attachement.

Interrogé par CNews sur ce manga, Mehdi Benrabah (directeur éditorial chez Pika) a notamment confié ceci : "On peut dire que Rokudenashi Blues est un "game changer" puisqu'il a contribué à sublimer le genre furyô au Japon, et à mon sens il faut l'avoir lu pour mieux décrypter ce genre." Et on ne pourrait pas dire mieux que ça.

Alors effectivement, Rokudenashi Blues reste avant tout un pur shônen porté par de jeunes personnages aux quêtes très simples (besoin de reconnaissance, de trouver sa place, les premiers amours), mais il en ressort une vraie profondeur touchante et surtout passionnante. Alors que cette édition Masterpiece est ultra compacte (les 42 tomes originaux seront découpés en 25 tomes ici), on enchaîne les pages avec plaisir, sans aucune lassitude, tant le récit ne cesse de nous faire vibrer et nous surprendre.

Une ambiance parfaitement maîtrisée

Du côté de la mise en scène et de l'humour, cela ne vous surprendra pas au regard de sa date de création, Rokudenashi Blues se rapproche très fortement d'un Young GTO. Là où les graphismes apparaissent comme plus réels (on sent l'envie de l'auteur de nous faire croire en cette histoire, là où Tōru Fujisawa assume pleinement le fait que ses personnages ne sont que des personnages), tout le reste se rapproche des aventures d'Onizuka.

Aussi, si vous vous régalez toujours autant face aux intrigues d'Eikichi (lisez GTO - Paradise Lost), celles de Taison Maeda vous feront tout autant kiffer. A l'instar de son collègue, Masanori Morita maîtrise à la perfection ces passages sombres et forts avec de vrais discours sur la société qui entoure ces héros, tout comme les ruptures comiques à travers quelques répliques bien senties et surtout, des expressions faciales légendaires. On se doit de l'avouer, rien ne remplacera les têtes hilarantes imaginées par Fujisawa, mais Morita reste tout de même très fort et sait en une case, en une réaction, nous faire éclater de rire.

Une oeuvre intemporelle

C'est un point fort qui n'est pas à négliger, Rokudenashi Blues passe également parfaitement l'épreuve du temps. Evidemment, les dessins, les vêtements/coiffures et le manque de certaines technologies actuelles nous rappellent par instant que le manga a déjà 34 ans, mais la lecture n'est à l'inverse jamais impactée. A dire vrai, le récit est toujours moderne et suffisamment riche pour que l'on ne se pose jamais la question de l'époque à laquelle vivent les personnages. La preuve que Masanori Morita a toujours parfaitement maitrisé son oeuvre et a su garder l'essentiel en tête au moment de l'écriture.

Par ailleurs, c'est également un détail à souligner qui renforce ce sentiment d'intemporalité, cette réédition bénéficie d'une nouvelle traduction, encore plus fidèle au manga d'origine. Toujours auprès de CNews, Mehdi Benrabah a rappelé que Pika s'était tournée vers une traductrice de talent pour faire honneur au texte : "Nous avons confié la traduction à Pascale Simon. Elle est familiarisée avec les codes du furyô, puisqu'elle a déjà travaillé sur des titres similaires comme Bakuon Rettô et Ushijima - L'usurier de l'ombre. Je voulais que l'on conserve la gouaille de ces personnages hauts en couleur". Un soin très appréciable qui rend la lecture des plus agréables et permet à l'ensemble d'être extrêmement réjouissant.

Le Tome 1 de Rokudenashi Blues est actuellement disponible à la vente au prix de 16€. Le Tome 2 sortira le 17 août 2022.