Netflix a produit d'innombrables films et séries à succès au fil des ans, mais il y a un domaine où la plateforme reste loin derrière Hollywood : les franchises originales qui marquent véritablement la culture populaire. Il serait peut-être injuste d'attendre qu'elle rivalise directement avec Hollywood sur ce point, mais ce n'est pas faute d'essayer. La sortie de Berlin et la Dame à l'hermine ce vendredi 15 mai 2026 en est une nouvelle preuve.
Dès la conclusion de La Casa de Papel en 2021, la plateforme avait annoncé la production d'un spin-off, sous forme de prequelle, centré sur l'inoubliable personnage incarné par Pedro Alonso. Un pari osé mais payant, puisque sa saison 1 sortie en 2023 culmine déjà à 68,6 millions de vues.
Tout naturellement, Netflix avait donc commandé une suite qu'elle présente d'ailleurs comme une mini-série plutôt que comme une seconde saison. Son objectif assumé ? Clore définitivement l'histoire de Berlin, Alonso ayant lui-même confirmé qu'il ne l'interpréterait plus.
Malheureusement, tandis que Netflix s'est empressé de préciser que Berlin et la Dame à l'hermine ne marquera pas pour autant la fin de l'univers de La Casa de Papel, il devient de plus en plus évident que la plateforme exploite une franchise qui a déjà atteint ses limites.
Du moins, ce sera le cas tant que des changements significatifs ne seront pas apportés à la formule qu'Álex Pina et Esther Martínez Lobato utilisent depuis des années, aussi bien dans cette série que dans d'autres productions éphémères comme Le refuge atomique.
Dans La Casa de Papel, il était devenu clair que l'essentiel était de créer une illusion d'intensité constante, souvent à l'aide de dialogues aussi pompeux que creux, de sorte qu'il semblait que tout pouvait exploser à tout moment, quelle que soit la plausibilité des situations présentées pour y parvenir.
Ce besoin constant d'être au sommet n'est pas forcément négatif, mais il faut savoir construire quelque chose autour pour le soutenir. Dans le cas de La Casa de Papel, il était crucial que le public se soit déjà attaché aux personnages principaux avant que le passage de la production pour Antena 3 à celle pour Netflix ne soit perceptible, mais ils n'y sont jamais vraiment parvenus.
Il en résulte une insensibilité émotionnelle du spectateur face à cette intensité grandiose, ce qui, dans le cas de Berlin et la Dame à l'hermine, fait que la plupart des intrigues secondaires présentées tombent à plat, notamment tout ce qui concerne les personnages de Michelle Jenner, Begoña Vargas, Joel Sánchez et Julio Peña Fernández - bien que Jenner se démarque davantage grâce à son talent que les trois autres.
Le fait que seulement deux des six membres du gang soient intéressants n'est pas bon signe, mais ce défaut est en partie compensé par l'arrivée de nouveaux personnages plus convaincants. José Luis García-Pérez, notamment, brille par sa capacité à nuancer les motivations du Duc. Il aurait facilement pu paraître ridicule par moments, ou l'on n'aurait tout simplement pas cru en sa menace, mais il apporte aussi cette touche d'humour que la série gère toujours bien.
Cela vaut également pour la série en général. Car tout est plus divertissant lorsqu'elle privilégie un ton plus léger, que ce soit dans de petits moments comme la réplique d'Alonso "Pas de baiser, pas de crime" ou dans des scènes plus longues où une touche de légèreté contribue à détendre l'atmosphère. Malheureusement, cette légèreté reste souvent limitée et se fait de plus en plus rare au fil des épisodes.
De ce fait, Berlin et la Dame à l'hermine ne parvient jamais vraiment à captiver le spectateur, en partie parce que cette saison s'attarde trop sur elle-même et accorde une importance excessive à la vie privée des protagonistes, ce qui finit par devenir monotone. Alonso s'en sort un peu mieux que ses partenaires, boosté par l'arrivée d'Inma Cuesta, tant l'alchimie unique entre les deux acteurs est très efficace ; on ne peut cependant pas en dire autant du reste de la distribution.
Finalement, je ressens une certaine déception vis-à-vis de cette série voulue comme une transition vers La Casa de Papel. Bien qu'un détail soit explicitement mentionné qui annonce clairement la suite des événements, on ne voit pas vraiment la transition de Berlin vers le côté obscur, pourtant pleinement exploitée à l'époque.
Un acte manqué décevant qui démontre le manque de courage des créateurs, là où la série s'attache trop à mettre en avant son côté plus sympathique. C'est vite oublier que ce qui fascinait tant de spectateurs dans La Casa était précisément son côté sordide et abject. Faire un spin-off sur un personnage sans assumer ce qu'il est, c'est terriblement dommageable.
En résumé, Berlin et la Dame à l'hermine est moins réussi que la précédente saison, dont la qualité était déjà en déclin. Dans l'ensemble cette série se laisse regarder, mais elle atteint ses limites et donne l'impression qu'Alonso a eu parfaitement raison de décider de s'arrêter là.
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