Il n'aura échappé à personne que l'intelligence artificielle s'est infiltrée partout et modifie profondément notre rapport à la pop culture. Les fausses photos de mariage de Zendaya et Tom Holland ? Le dernier feat de Gims avec une chanteuse qui n'existe pas ? Le premier film avec Tylee Norwood, une actrice entièrement composée de pixels ?
Tous ces exemples alimentent sur les réseaux sociaux une véritable guerre entre pro et anti-IA, avec une question centrale : si l'IA est un outil, que vaut une oeuvre créée de toutes pièces sans interférence humaine ?
Pour Skrillex, la réponse est : pas grand-chose. Alors que des générateurs comme Suno peuvent aujourd'hui créer un album en quelques minutes, le producteur de musiques électroniques livre son analyse au magazine 032c sur les mutations actuelles du marché de la musique.
Selon lui, l'intelligence artificielle fait l'objet d'un effet de mode - largement alimenté par la psychose médiatique - qui connaîtra dans les mois à venir une phase de décompression.
"L'autre jour, je pensais à l'IA quand quelque chose m'a profondément touché. Je pense que la valeur de l'art peut presque se mesurer à sa capacité à faire en sorte que quelqu'un se sente compris. Quand je réécoute Justice, Daft Punk ou Metallica, ça me frappe tellement fort parce qu'il y a quelque chose de familier qui n'avait jamais été fait auparavant. Ça te fait te dire : "Ils me comprennent. Ils sont sur la même longueur d'onde que moi. Ils me parlent." Peut-être que certaines chansons générées par IA peuvent devenir virales, mais on ne peut pas avoir ce sentiment d'être compris s'il n'y a pas un humain de l'autre côté."
Le hitmaker derrière les tubes Where Are Ü Now avec Justin Bieber (1,35 milliard de streams) ou In Da Getto avec J Balvin se range donc dans la faction des personnes considérant que l'IA ne sait qu'imiter, et pas créer. Et Skrillex n'a pas peur de prendre les armes pour partir en guerre, comme Sting ou Bono, contre la musique générée artificiellement :
"[La résistance], c'est quelque chose à quoi je m'étais préparé, même à l'époque de From First to Last [son premier groupe de metal, ndlr]. Nous n'étions pas assez hardcore pour le public hardcore pur et dur, mais nous étions plus agressifs que Fall Out Boy. J'avais du fard à paupières rose et on m'a traité de tous les noms. Je ne saurais dire si c'était intentionnel ou si j'étais juste totalement inconscient, mais je fonçais toujours."
Avec son profil atypique, Skrillex n'est jamais rentré dans le moule et cela n'a jamais été son intention. L'artiste américain rappelle notamment que certains de ses morceaux dubstep signatures comme Bangarang "ont été faits avec des micros Snowball ou des micros d'ordinateur portable" : "L'entendre d'abord dans cette version terne et lo-fi, puis en faire ressortir tout le caractère, c'est ce qui vous amène vers quelque chose d'intéressant. Partir de quelque chose d'imparfait vous oblige à aboutir là où vous ne vous y attendriez jamais".
Tout le processus de création, avec ses doutes et ses remises en question, est précisément ce dont sont dénués les logiciels d'intelligence artificielle. Et d'après ses prédictions, le public finira par se lasser. C'est dans cet esprit qu'il a lancé en mai son propre festival à Berlin, CONTRA :
"J'ai vraiment l'impression qu'à notre époque d'IA et de smartphones, il est plus important que jamais de créer des espaces où les gens peuvent simplement être présents ensemble et ressentir les choses de la manière dont elles doivent être ressenties. Comment briser le moule ? On ne peut pas tricher, peu importe à quel point une chose est à la mode."
Cette expérience mêlant communion et lâcher prise restera pour Skrillex la véritable force de la musique, qui transcende toutes les frontières et toutes les barrières par son caractère universel. "Avec Skrillex, je voulais faire de la musique que j'aimais mixer en tant que DJ. C'est tout. Je voulais juste que les gens viennent me voir en live, sautent partout dans une salle et créent un véritable espace partagé. C'est tout ce que je demande à ma musique" conclut-il.
De sages paroles sur lesquelles devrait méditer Booba...
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