Je ne suis pas un expert sociopolitique mais force est de constater que l'arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche en 2016 puis 2024 a induit aux Etats-Unis un certain retour aux idées conservatrices s'opposant aux valeurs progressistes.
Ce n'est pas un hasard si des artistes aussi influents que Bruce Springstreen, Olivia Rodrigo ou Marc Ruffalo utilisent la plateforme que leur octroie leur notoriété pour dénoncer les agissements du gouvernement américain. Taylor Swift vient d'ailleurs de faire interdire l'utilisation de ses morceaux August et Father Figure dans des posts du président, pas du tout ravie de se voir associée à son image.
Le problème, c'est que cet élan que l'on qualifiera gentiment de "traditionaliste" a des conséquences bien réelles pour le quotidien de millions de citoyens, et imprègne toutes les strates de la société. Dans le monde merveilleux d'Hollywood, il est par exemple plus facile d'apparaître sur une affiche de film si l'on est un acteur blanc masculin prénommé Chris ou un animal parlant qu'une femme de plus de 60 ans. Et même lorsqu'on est une réalisatrice aussi acclamée que Lilly Wachowski, on fait face à des obstacles dans le financement de ses films.
Formant avec sa soeur Lana le duo The Wachowskis, la cinéaste trans de 58 ans se cache derrière des oeuvres de science-fiction aussi fondamentales et populaires que Matrix, le mésestimé Speed Racer, Cloud Atlas ou la série Netflix Sense8. Ces dernières années, la réalisatrice a surtout oeuvré côté production à la série Work in Progress et à Matrix Resurrections, le 4ème volet de la saga sorti en 2021. Mais son retour derrière la caméra est acté avec The Hunter, un thriller politique et engagé qui s'inspire de la propre vie de Lilly.
L'histoire ? Elle paraît bien plus ancrée dans la réalité que son synopsis le suggère... "Dans une Amérique dystopique où les personnes transgenres sont brutalisées et reléguées aux marges de la société, un crime déclenche un mouvement de solidarité et de résistance au sein d’une communauté trans. Deux femmes se lancent à la recherche du responsable. Leur enquête les conduit jusqu’aux plus hautes sphères du gouvernement."
Vous l'aurez donc compris, Lilly Wachowski tient là son projet le plus personnel :
"C'est un scénario qu'il était extrêmement important pour moi d'écrire. C'était une réponse à ce qui se passe dans le monde pour les personnes trans, et cela m'a offert un exutoire extrêmement cathartique pour y déverser toute ma colère, ma rage et ma frustration."
Avec un CV aussi glorieux que le sien, on aurait pu penser que la réalisatrice n'aurait aucun mal à trouver des producteurs pour allonger 10 millions de billets verts. Mais il faut croire que la sphère hollywoodienne est bien frileuse, comme elle le rapporte à Variety. "Les gens aiment le projet, mais ils ne veulent vraiment pas le produire parce qu'il y a un casting intégralement trans. Je dois faire preuve de créativité et trouver d'autres moyens de présenter ce projet au public" révèle-t-elle.
Un constat on ne peut plus triste, mais Lilly Wachowski, qui a fait de la résilience la force de ses héros de fiction, n'est pas du genre à faire machine arrière. "Je vais simplement y aller à fond et saisir cette joie trans avec tous mes amis. Ce n'est pas ce que j'avais imaginé au départ, mais le résultat final est le même" promet-elle.
On espère qu'un bon samaritain entendra son appel et l'aidera à mener à bien projet en gardant sa vision intacte. Il subsiste néanmoins de l'espoir : Variety publie une autre enquête intitulée "Comment Vera Drew, Louise Weard et d'autres cinéastes trans et non binaires prennent le contrôle de leurs histoires en dehors du système des studios", avec la promesse qu'une "autre industrie" est en train de naître.