Et si c'était la pire suite de l'histoire du septième art ?
En tout cas, c'est le plus gros flop d'une licence horrifique. Quand L'exorciste II débarque en salles en 1977, année d'arrivée en trombe de Star Wars, l'objectif est clair : surpasser les chiffres astronomiques du premier opus. Pour assurer l'exploit, on laisse les commandes à John Boorman, qui s'y connaît en traumas hyper rentables - on lui doit le survival Délivrance. Mais ce sequel sera un échec historique. Il ne récolte que 30 millions de dollars de recettes, contre plus de 440 pour son prédécesseur.
Incompréhensible, quasi dépourvu de scènes d'exorcisme, ultra kitsch, à peine horrifique, cette suite baptisée L'hérétique suscite la perplexité du public et les foudres de la critique - seule la pourtant impitoyable Pauline Kael en fait l'éloge. Quasi un demi-siècle plus tard, un documentaire salué par la presse britannique s'attarde enfin sur l'origine du chaos : ses coulisses.
Saluée par la BBC et le Guardian, John Boorman & The Devil révèle les inattendus chaos d'un tournage tout aussi... historique.
Bon, le premier Exorciste était déjà placé sous le signe du chaos : le cinéaste William Friedkin harcelait ses comédiens, leur hurlait dessus, tirait des coups de feu à même le plateau pour "créer de la tension" (c'est réussi), n'était pas des plus tendres envers sa très jeune actrice Linda Blair (une enfant !). Sauf qu'à l'arrivée, le cinéma d'horreur a été révolutionné, et le box office, pulvérisé.
L'exorciste II va connaître un autre destin. Bien que très professionnel, John Boorman va en baver pour filmer ses scènes, faute d'un script inachevé alors même que le tournage débute. Et pour imposer ses idées, aux côtés de son conseiller et ami Rospo Pallenberg. Les comédiens ne partagent guère ses initiatives. Son acteur principal, Richard Burton, est régulièrement alcoolisé sur le plateau. Le montage est une bataille : Boorman "cut" et "recut" pour épurer son œuvre de ses excès kitsch, sous pression de la maison-mère, la Warner. Las.
Et puis, il y a les sauterelles. Car le Britannique s'est dit qu'encombrer son Exorciste de séquences mettant en scène des invasions de sauterelles était, pourquoi pas, complètement dans le cahier des charges. Alors il a fait importer des vraies sauterelles. Plus de 3 000. Et des spécialistes ont été chargés de les maintenir en vie. Laborieusement : beaucoup ne sont pas parvenues à survivre. Tout ça pour engendrer des séquences plus épileptiques qu'autre chose.
Le souci, c'est surtout que John Boorman déteste L'exorciste. Notamment pour le sort insoutenable qu'il fait subir à sa protagoniste. D'où sa volonté de s'en éloigner le plus possible. Quitte à plonger tête baissée dans le suicide artistique. Pour les spectateurs, ce film sera une trahison. Les premières séances seront marquées par des huées et des sorties de salles.
Bref, "une expérience douloureuse et humiliante", synthétise le Guardian. Mais un film complètement inclassable, plus psychologique que graphique et qui, ces dernières années, est peu à peu réévalué...