Angèle fonce à l'instinct. Voilà le nom que portera le très attendu troisième album de la star belge, prévu pour plus tard dans l'année mais déjà introduit par deux singles qui flirtent avec la scène électronique : What You Want est un feat avec Justice, l'un des porte-étendards de la french touch, et le deuxième extrait Dis-le est rythmé par une "pulsation club".
Pour Angèle, ce morceau "c'est une ode à la prise de pouvoir, libératrice, une invitation à dire ce qu’on ressent pour s’en défaire, un encouragement à briser le silence, et à dire fort qui on est réellement au fond de soi". Et pour traduire cette quête en images, la chanteuse s'immisce en plein coeur d'une rave party dans son clip réalisé par Suzie & Léo, qui affiche un demi-million de vues sur YouTube.
Oui mais voilà, selon le groupe français Contrefaçon, le clip de Dis-le reprend l'esthétique et même certains plans de plusieurs de leurs oeuvres comme Soma (2025) et Brûlé (2023), avec pour décor des champs de blé et de maïs.
"Chacun pourra se faire son propre avis. On a rassemblé dans cette vidéo des similitudes qui nous ont le plus interpellés."
Un montage qui, pour plusieurs internautes, rélèvent du "plagiat". "Il y a clairement plein de plans qui sont pompés, sans hésitation", "Difficile de faire semblant de ne pas le voir", "C'est vraiment problématique", "Juste pour faire du buzz et vendre...", "Arrête l’appropriation culturelle de la free party", "Quand une artiste avec autant de visibilité reprend une culture en crise sans la soutenir, ça ressemble plus à une opération marketing qu'à un hommage", "ça aurait été bienvenu d’avoir un p’tit message plus frontal pour soutenir le mouvement" peut-on lire à la fois sur les comptes Instagram d'Angèle et de Contrefaçon.
Au delà des images qui semblent similaires, le collectif techno pointe surtout du doigt l'équipe artistique de la chanteuse pour s'être réappropriée une culture "menacée" :
"Ce qui nous dérange, c’est de voir les codes issus d’une culture marginalisée devenir une esthétique déconnectée des personnes qui la font vivre au quotidien. En 2026, cette répression a encore franchi une étape supplémentaire avec de nouvelles mesures visant les freeparty. Pendant que cette culture se retrouve dans la publicité, la mode ou les clips, les personnes qui font vivre cette scène sur le terrain subissent une répression toujours plus forte : amendes, violences policières, poursuites administratives ou pénales, saisies et destructions de matériel. La free party n’est pas une mode. La free party n’est pas un crime."
Le 22 juin, l'Assemblée nationale a commencé à étudier la future loi Ripost, qui vise à lutter contre les troubles quotidiens à l’ordre public, et qui prévoit notamment "des peines de prison applicables aux organisateurs de ces fêtes techno autogérées, mais aussi à leurs participants" selon Le Monde. Début mai près de Bourges, plus de 600 personnes ont été verbalisées pour avoir pénétré sur un terrain militaire et pris part à une fête ininterrompue, le Teknival, qui n'avait pas été déclarée aux autorités.
"Il y a évidemment des choses bien plus graves, mais défendre le travail des artistes et des cultures marginalisées reste important à nos yeux" conclut Contrefaçon.
À sa défense, il est bien fait mention de la culture rave et des menaces qui planent sur elle dans le communiqué de presse accompagnant le nouveau clip d'Angèle :
"Fidèle à l’exploration de longue date de (LA)HORDE des cultures nocturnes et des pistes de danse, le film interroge également la rave comme un espace qui continue de résister à la normalisation et au contrôle. Alors que la culture de la nuit subit une pression croissante dans de nombreux territoires, le dancefloor apparaît comme un lieu de libération collective, de transformation et de possibilités — un lieu où aucun ordre établi ne peut finalement résister à la force de personnes qui se meuvent ensemble."
De plus, l'artiste avait selon Les Inrocks partagé une pétition contre la criminalisation des free parties. Pour l'heure, ni Angèle ni son entourage n'ont réagi publiquement à la polémique naissante.
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