Disasterclass ou relecture magistrale ? Quand Nosferatu de Robert Eggers débarque en salles, en un mois de décembre 2025 peu propice au ciné d’horreur, critique et public sont perplexes : chef d’œuvre à l’esthétique hyper aboutie pour certains, énième reboot/remake - du mythe vampirique - au casting beaucoup trop premier degré pour d’autres, cet énième spécimen de “elevated horror” ne fait pas l'unanimité…
Surtout, d’aucuns crient alors au Razzie Award, les Oscars du pire, pour couronner la performance de son actrice principale : Lily-Rose Depp. La nepo baby (fille de Johnny Depp et Vanessa Paradis) est-elle allée trop loin avec ces séquences de possession très suggestives qui ont engendré moult éclats de rire ? Ou une partie de l’audience est-elle passée à côté d’un jeu habité et intense ?
Le film est à redécouvrir gratuitement en streaming sur le site de francetv. Et on s’est penché sur cette histoire d’épouvante toujours aussi controversée.
Lily Rose Depp est-elle une bonne actrice ? Quand Nosferatu, ambitieuse prod griffée A24, s’exerce à retravailler une légende du genre, et un classique du cinéma (le film éponyme de F.W. Murnau, incontournable de l’expressionnisme allemand, à un siècle d’existence), beaucoup lui reconnaissent sa maîtrise, mais jettent leur opprobre sur sa star.
À savoir, la fille Depp, qui laissera plus d’un spectateur circonspect. Notamment car de nombreuses scènes déconcertantes à souhait s’avèrent très épineuses à tourner : entre gémissements subjectifs et effroi, transes et sensualité, Lily-Rose Depp, en amante du vampire, incarne de façon très organique l'ambiguïté d’un récit adapté du roman Dracula de Bram Stoker. Elle doit donc interpréter des émotions à mi-chemin entre le plaisir, la douleur, le malaise, l’extase, et souvent, tout cela à la fois, lors de longues scènes troublantes. Tout en conservant un air lointain, une absence, une distance, car c’est précisément cela que ressent son alias à l’écran, hantée par le "fantôme de la nuit", Nosferatu.
C’est précisément pour cela que ses scènes vont faire polémique : certains les envisagent comme un vaste nanar, où l’actrice frôle le ridicule voire y plonge généreusement, d’autres défendent une comédienne qui s’engage corps et âme dans quelque chose de très expérimental, où le risible côtoie sans cesse le viscéral. Et nous, on reste entre ces deux opinions, saluant l’investissement de la star, tout en conservant une certaine modération.
En tout cas, elle mérite d’être vue, cette performance hyper controversée. Et Robert Eggers, lui, se fiche pas mal des critiques : son prochain film, une adaptation du mythe du loup garou, autre classique du cinéma d’horreur à l’ancienne, et que l’auteur a sobrement intitulé Werewulf, avec un “u” et non un “o”, va débarquer chez nous pour les fêtes.