Le célèbre Loup d'Intermarché aurait-il inspiré les plus grandes marques à travers le monde ? On peut se poser la question. Alors même que l'IA s'est incrustée dans de nombreuses (horribles) publicités ces derniers mois, deux enseignes de luxe ont décidé de célébrer le talent humain pour leurs dernières campagnes.
Aussi, Prada s'est récemment entourée de John Pomeroy, un vétéran des studios Disney (Pocahontas), pour créer à la main les paysages hivernaux, décors d'ambiance et animaux, dignes des plus grands films d'animation de Disney de l'époque, afin de présenter sa collection hivernale.
Et du côté de Dior ? C'est l'artiste français Sylvain Chomet, 4 fois nommé aux Oscars grâce à ses films d'animation comme Les Triplettes de Belleville ou L'Illusionniste (récompensé du César du meilleur film d'animation en 2011), qui a été choisi pour donner vie à une sublime publicité portée par les voix de Robert Pattinson, Rihanna, Josh O’Connor, LaKeith Stanfield, Louis Garrel et Camille Cottin.
"Paris, 1949. Une nuit d’hiver enneigée, au 30, avenue Montaigne. Monsieur Dior dort à poings fermés. Dring, dring ! Dring, dring ! Un appel urgent d’Hollywood vient rompre le silence. Marlène Dietrich a besoin d’une nouvelle robe" dévoile Dior pour présenter ce quasi court-métrage de six minutes.
Or, si cette création est effectivement une petite merveille pour les yeux, certains internautes ont rapidement grincé des dents en observant attentivement certains détails. En cause ? L'animation apparait parfois bancale, floue, nous laissant craindre le passage… de l'IA.
Une situation particulièrement dérangeante, alors même que Dior vante ce projet, intitulé Les Couleurs de la nuit, comme la preuve d'un savoir-faire à la française : "Le processus minutieux de Sylvain Chomet, dont les animations dessinées à la main prennent forme au fil des mois, fait écho à la patience qu’exige la haute couture. Dans ces deux univers créatifs, des centaines d’heures de travail méticuleux révèlent une splendeur qui semble aller de soi."
Des critiques qui ne sont pas passées inaperçues et qui ont donc obligé le producteur Aton Soumache (Le Petit Prince) à défendre ce projet et rétablir la vérité. Auprès de Variety, il a rappelé que tout avait été fait à la main et que l'IA n'avait certainement pas eu sa place dans le processus créatif, qui a en revanche évidemment pu compter sur des outils technologiques liés à l'animation actuelle.
Certains prétendent que Sylvain a été contacté il y a deux semaines et que le film entier a été réalisé avec une IA générative, sans un seul dessin, mais la réalité est que ce film a nécessité sept mois de travail et qu'il a été entièrement dessiné par des artistes. Nous avons utilisé un système d'interpolation automatisé pour une très petite partie du processus, mais le film lui-même est une animation 2D traditionnelle.
Conscient que le concept de "système d'interpolation automatisé" peut paraître vague aux yeux du grand public, Chomet - qui a travaillé au côté d'une vingtaine de personnes, dont six animateurs, ainsi que des storyboarders, des concepteurs, des décorateurs, des compositeurs et des monteurs pour cette pub, a tenu à préciser ce que cela signifiait.
"C'est une façon d'automatiser la partie répétitive et mécanique de l'animation, pas le travail créatif, a-t-il révélé, avant de rire jaune devant ces critiques quand il n'a lui-même jamais tourné le dos à l'animation 2D là où tous les grands studios ont immédiatement plongé vers la 3D popularisée par Pixar. Avant de réaliser Les Triplettes de Belleville, c'était l'époque de Toy Story. Je me souviens que Disney annonçait la mort de l'animation 2D traditionnelle et le passage au tout numérique, mais j'avais décidé de continuer à faire des films dessinés à la main. C'est pourquoi je trouve si étrange que l'on m'attaque aujourd'hui. Je suis resté fidèle au dessin tout au long de ma carrière. Parallèlement, je vais utiliser les outils que la technologie nous offre."
Aucune IA générative n'a donc été utilisée pour ce projet, simplement des outils technologiques classiques (les dessins ne sont plus faits sur papier, mais sur tablette par exemple). De même, un studio comme Laika, de retour au cinéma avec Wildwood, ne se prive pas de CGI malgré son animation en stop-motion.
Preuve que ce film Les Couleurs de la nuit est artisanal, des images des coulisses ont même été dévoilées par Dior.