Parmi les 461 romans qui paraissent en cette rentrée littéraire 2026, qui s’étale de la mi-août jusqu’au mois d’octobre, on compte une dystopie française qui faisait déjà beaucoup parler moins de deux semaines après sa sortie. Et pour cause : Ce qui dort sous le camélia, deuxième roman de Claudie O. Wetterwald disponible depuis le 27 août aux Éditions du Gros Caillou, s’est retrouvé en rupture de stock dans plusieurs points de vente dès le 7 septembre.
Le texte était également finaliste du Prix du livre Fnac, remporté par Thélyson Orélien pour C’était ça ou mourir accusé d'avoir été écrit avec l'IA, et est toujours en lice pour le Prix du Talent Cultura et le Prix des lectrices ELLE.
"Honnêtement, je crois que ma première réaction en apprenant ces nominations a été de l’incrédulité" se souvient Claudie O. Wetterwald au micro de Volum : "J'ai un peu l'impression d'être arrivée là par hasard. Mon premier roman, La Fille d’encre et de lumière, avait plutôt bien marché : autour de 10 000 exemplaires ont été vendus, principalement au format poche, mais je n'ai jamais été en compétition pour de tels prix."
C’est lors de sa deuxième grossesse que l’autrice de 38 ans, maman de deux enfants de 5 et 2 ans, imagine l'intrigue de cette dystopie féminine et féministe dans laquelle 254 femmes sont jugées pour des faits qui seraient survenus durant un récent black-out électrique du pays, surnommé "Le Désastre".
Une période terrifiante pour la population, sans contact avec leurs proches, sans accès aux soins et terriblement dangereuse pour les femmes isolées. Parmi elles : Lisenn, alors future maman, coincée à la campagne avec ses deux belles-filles adolescentes sans aucune nouvelle de son mari. "Tout a commencé avec une image du procès en 2024, qui m'est un peu tombée dessus comme ça" confie la romancière : "On entendait beaucoup parler du procès de Mazan tandis que la liberté de recours à l'IVG entrait dans la Constitution. A ce moment-là, je lisais de la dystopie et je pense que ça s'est connecté tout seul dans mon esprit." Avec des thèmes centraux pour son autrice : le droit de chaque femme à disposer de son corps et bien sûr la maternité.
"Il était clair pour moi que ce serait un roman qui prendrait position. Ce sont des causes qui me semblaient naturelles à aborder car proches de moi. Je sais combien le rôle de mère aujourd’hui n’est pas facile. Je suis entourée de tous un tas de femmes qui sont pourtant des mères formidables, d'autres qui aimeraient l’être mais ne le peuvent pas ou qui au contraire n'ont pas du tout envie de l’être, et c'est très bien aussi" continue Claudie O. Wetterwald. Le black-out, techniquement possible dans nos sociétés, deviendra alors le point de départ de son roman.
Du côté de la maison d’édition, on découvre le manuscrit du livre en 2025. Et on peine à le lâcher ! "Le roman est vraiment universel : il parle autant de sororité que de survie dans une situation catastrophique" nous explique Sigolène du Besset, directrice des Éditions du Gros Caillou : "Et en même temps, ce n'est pas de la science-fiction ! Le texte nous renvoie aux choix que nous devrions faire face à un tel évènement. On a aussi beaucoup travaillé avec nos graphistes sur la couverture du roman, avec ce motif de fissure qui peut être intrigant."
Ce qui dort sous le camélias est rapidement plébiscité par les influenceurs littérature, qui ont pu recevoir le livre avant sa sortie, tandis que les libraires, qui ont eux aussi eu accès au texte en avant-première, vantent ses mérites à leurs clients.
L’histoire de Lisenn et de son avocate Rym est tout d'abord imprimée à 10 000 exemplaires pour sa parution, ensuite dispatchés entre les points de vente qui les ont commandés. "Les dix premiers jours, 1 000 exemplaires ont été écoulés. On peut avoir l’impression que ce n’est rien du tout mais ça représente beaucoup de ventes, en réalité ! Surtout vu notre échelle : notre maison n'a que quatre ans", ajoute Sigolène du Besset.
Un pari réussi pour cette entreprise lyonnaise habituellement spécialiste du suspense : l’engouement est tel que 10 000 exemplaires sont repartis en impression, afin de fournir du stock aux libraires qui affichaient sold-out, dont l'e-shop de la maison d'édition ! "Si on dépasse les 8 000 exemplaires vendus, ce serait déjà un grand succès" espère la directrice et éditrice. Des chiffres qui pourraient dépasser les 20 000 unités, au moins, si Ce qui dort sous le camélia remportait les prix littéraires pour lesquels il concourt.