Redouanne Harjane en interview pour PureBreak
Redouanne Harjane en interview pour PureBreak
Depuis le 4 mars dernier, Redouanne Harjane est sur la scène de la Comédie de Paris pour présenter son spectacle "Dans la tête de Redouanne Harjane". Pour l'occasion et alors qu'il assurera la 1ère partie de Stromae ce dimanche à Bruxelles, PureBreak est allé à la rencontre de l'humoriste qui s'est fait connaître grâce au Jamel Comedy Club pour savoir ce qu'il avait dans la tête et parler de ses projets. Et on n'a pas été déçu du voyage. Préparez-vous pour une interview... pas comme les autres.

"On est jamais seul dans sa tête"

Première question importante : Est-ce que tu es tout seul dans ta tête ?
Je ne sais pas, ça c'est à toi de me le dire à la fin de cet entretien. Mais je serai tenté de te dire que l'on n'est jamais seul dans sa tête.

Qu'est-ce qu'il y a dans la tête de Redouanne Harjane ?
Il y a pire que ce que je te dis et que ce que je dis dans mon spectacle. Il y a aussi un singe qui joue au golf, mes rêves d'enfant, mes envies, mes désirs, mes fantasmes, de l'espoir, de la frustration parfois, de la peine. Dans ma tête c'est humain. Merci pour cette interview, de m'avoir appris ça (rires).

Pourquoi cacher tout ça avec un chapeau ?
Parce que je trouve qu'un chapeau ça a du style, c'est élégant. Mais quand je n'en porte pas un, je me sens aussi bien que si je l'avais. Par contre mon chapeau lui, sans moi, c'est difficile. C'est à dire qu'il a des difficultés à vivre sa vie de chapeau. Une tête sans chapeau ça va, mais un chapeau sans tête, à moins qu'il fasse sa vie sur un porte-manteau, c'est un peu triste.

Comment es-tu dans la vie de tous les jours ?
C'est un speed-dating (rires). J'essaie d'être à l'écoute de mes proches. Déjà j'essaie de m'en trouver. J'ai posté une annonce tout à l'heure.

C'est comment une journée avec Redouanne Harjane ?
Déjà, il faut avoir le temps de perdre du temps. J'adore me balader alors se serait marcher avec moi, aller boire des verres là où il fait bon vivre, bien manger, aller dans de beaux endroits. J'aime quand c'est élégant, stylé.

D'où t'es venue ton envie de devenir humoriste ?
C'est un peu depuis tout gamin, c'est peut-être un peu cliché de dire ça. Quand j'étais môme, je ne faisais pas le guignol tout le temps mais quand c'était le cas, je le faisais bien.

Raconte nous un peu ton parcours.
J'ai fait le conservatoire de théâtre de Metz. Après j'ai bourlingué de droite à gauche, j'ai fait une école de musique, puis les cours Simon. Après j'ai voyagé un peu en Inde et en revenant, j'ai fait des scènes ouvertes. Et un jour, j'ai eu la chance de jouer devant Jamel Debbouze, chez lui, au Comedy Club. Il y a eu un truc et tout de suite, il m'a proposé de faire ses premières parties, de l'accompagner avec lui sur sa tournée, de me produire et de me mettre dans de bonnes conditions.

Peux-tu nous dire comment est Jamel Debouzze dans la "vraie vie" ?
Déjà il a un gros problème d'alcool, je sais qu'il n'aime pas trop qu'on en parle. Et il est dépendant aux amphétamines (rires). Non plus sérieusement, c'est un mec qui est imprégné de son époque, de sa culture et qui a su trouver le juste milieu parfait entre ce qu'il est et ce qu'il veut devenir.

Contrairement à beaucoup de comiques du Jamel Comedy Club, tu as choisi de te tourner vers l'humour décalé et absurde. Pourquoi ?
Quand je regarde une chose, j'aime avoir dans l'idée qu'elle ne se regarde pas que d'un angle. C'est pareil pour le rire, tu ne ris pas que d'une façon. Et l'absurde a toutes ces digressions possibles. Je pense que je suis un astrophysicien de l'humour (rires).

Tu n'avais pas peur que cette différence te fasse défaut ?
Tu as peur d'être toi-même ?

Non
Bah moi c'est pareil.

Et est-ce que tu avais peur que ton public ne comprenne pas tes blagues ?
Disons que c'est embêtant quand tu ne te fais pas comprendre, même avec des potes ou encore en famille. Quand tu t'exprimes et que tu vois que les gens passent à côté de ce que tu as vraiment dans la tête, c'est relou. Eh bien c'est pareil sur scène. Mais si ça arrive, ça veut dire que je n'ai pas assez taffé. J'ai une part de responsabilité. C'est à moi aussi de me confronter à un moment donné à la fluidité de mes conneries pour m'assurer que ma bêtise est claire.

Comment décrirais-tu ton spectacle Dans la tête de Redouanne Harjane ?
Je ne parlerai qu'en présence de votre billet.

D'jal a l'accent Portugais, Nawell Madani danse très bien... et toi, tu as quoi ?
Moi je parle aux fous, aux déséquilibrés, aux perdus de vue, aux gens qui se questionnent... et puis je fais un peu de musique. Je fais du piano. Ah et aussi, j'arrive à toucher mes fesses avec ma langue. Je le montre dans l'after show (rires).

Si je te sors fais moi une blague, qu'est-ce que tu me réponds ?
(rires) Si tu me dis ça, je te réponds que je suis triste et que tu me fais de la peine de me demander de te faire rire.

Quels sont les commandements du parfait comique selon toi ?
Change toi mais ne change pas. Ensuite il y a les trois règles de la Comédie Française qui peuvent très bien s'appliquer pour les humoristes : toujours se demander pourquoi tu es sur scène, ce que ton personnage a à défendre, puis écouter et être bienveillant avec ses collègues. Et surtout, un très bon dealer, un téléphone de rechange sans puce et un plan de fuite sur scène au cas où ça tourne mal (rires).

"Je prépare un album"

Une cérémonie a été créée pour récompenser les talents du Web, qu'en penses-tu ?
D'un point de vue purement critico-anarco-syndicaliste, je dirais que la télé qui prend possession de ce qu'il se passe sur le Net et les marques qui sponsorisent ces événements et permettent de réaliser ces vidéos, ce n'est pas toujours positif. Mais après, que des mecs sur le Net existent, je trouve que ça tue. C'est du vrai contenu, c'est régulier, technique par moments. Donc ce n'est pas incohérent qu'à un moment donné, ils soient récompensés, parce que c'est un vrai taff..

Aimerais-tu en voir une pour les humoristes ?
Il y a des événements comme ça qui existent je crois dans des Festivals. Mais s'il devait y avoir un truc plus gros, pourquoi pas.

Dans quelle catégorie serais-tu nommé ?
Dans la catégorie "Dans la tête de".

Quels sont tes humoristes favoris ?
Les Monty Python, Raymond Devos, Zach Galifianakis, Steven Whright. Et ma maman qui fait son show depuis 30 ans dans le spectacle de ma vie. Ça se passe au Théâtre de ma vie et c'est très agréable, j'aime beaucoup.

Tu es un ancien élève de l'école de Jazz de Nancy. Pourquoi avoir préféré se tourner vers l'humour plutôt que la musique ?
Je savais que je n'étais pas un très bon musicien, donc je préférais prendre les devants en me moquant de moi-même (rires). Non, c'est juste que j'ai appris à faire un truc, puis un autre. Ce n'est pas une question de préférence. Je ne peux pas abandonner l'un au profit de l'autre. Parfois, j'écris en fonction de la musicalité. Je prend ma guitare, je commence à partir sur 2/3 accords et je raconte une histoire dans ma tête.

Et tu ne penses pas du tout à sortir un album ? Comme tu as dévoilé ton clip Loser début mars, on se pose la question.
Tu veux un scoop ? Oui je prépare un truc. Pour l'instant je ne peux pas dire grand chose. Juste que j'ai signé avec un label qui s'appelle Believe, j'ai signé avec Warner et l'agent Nicole Schuss qui s'occupe d'Oxmo Puccino.

Sur Twitter, tu as dit que tu allais faire la première partie de Stromae. Tu peux nous en dire plus ?
C'est un truc de ouf. Il m'a invité le 6 avril à Bruxelles. C'est chez lui, donc ça me donne des frissons. Et aussi le 8 avril au Zénith de Paris.

Comment ça s'est fait ?
J'ai eu la chance de le croiser trois fois. Par exemple quand on était au concert d'Oxmo Puccino, il m'a dit qu'il m'avait vu dans Le Supplément, sur Canal + à l'époque où je faisais des chroniques. Moi je lui ait dit que je kiffais ce qu'il faisait et son personnage. Je trouve qu'il est très rigolo, cool, discret, distingué. Il a du style et en même temps, il est fantaisiste. Et quand j'ai appris qu'il était en tournée, j'ai demandé à savoir s'il était possible de prendre contact avec le Monsieur. On m'a dit oui, on a discuté et ça c'est fait.

Et que vas-tu présenter au public ?
Je vais venir sur scène et je vais essayer de kiffer tout en respectant son public. Je vais faire du stand-up pur. Je vais venir avec un micro et faire 30 minutes d'inédits, de trucs qui me ressemblent.

Comment tu te sens ?
Je flippe et pourtant, on m'a fait confiance plusieurs fois. J'ai fait la première partie de Jamel Debbouze, de Patrick Timsit ou d'Oxmo Puccino. Mais j'ai peur à chaque fois. En plus là, c'est une salle de 10 000 personnes, en tout cas pour Bruxelles. 10 000 individus, 10 000 cerveaux, 10 000 façons de réfléchir... flippant.

A quand un duo avec Stromae ?
J'adorerais. Mais est-ce qu'il a envie de mon chapeau dans ses créations ? (rires). J'aimerais que ça se fasse, mais parce que c'est une évidence de faire un truc con ensemble sur le moment. Pas juste parce qu'il faut le faire, ou pour surfer sur sa notoriété. Je suis déjà content de faire sa première partie.

Stromae a été le rédac' chef des Inrocks et on peut voir qu'il a sorti trois pages sur toi. Qu'est-ce que ça te fais ?
Je suis fier, heureux. J'ai encore tellement de choses à défendre, tellement de délires, que quand on me dit que c'est bien ou quand je vois des gens comme Stromae qui me réservent trois pages dans Les Inrocks, je suis content. J'espère que ma maman le lira.

Le mot de la fin ?
PureBreak écoutez moi bien. Arrêtez de m'envoyer des spams à longueur de temps. Mais je vous aime. Et surtout quand je vous lis, j'ai vraiment l'impression que le temps s'arrête. Je suis dans un PureBreak total.

Propos recueillis par Atika Nasri. Contenu exclusif. Ne pas mentionner sans citer Purebreak.com