Il est loin le temps où les séries débutaient en septembre pour une saison de 24 épisodes jusqu'à l'été suivant. Avec les plateformes de streaming, le mode de consommation et de diffusion des oeuvres a radicalement changé. Leur agenda aussi.
Désormais, il est habituel d'attendre plusieurs années entre deux saisons d'une même série. Le point culminant a été atteint avec Stranger Things qui, à force de réécritures et de reports, a fait patienter le public 3 ans et demi entre ses deux dernières saisons. Une méthode à double tranchant car elle suscite autant l'impatience que la lassitude du public. Il a ainsi été prouvé que les séries avec un temps d'attente supérieur à deux ans voient leurs audiences dégringoler entre deux salves d'épisodes.
C'est ce que met en avant un nouveau rapport de l'institut américain Luminate, qui partage les habitudes des téléspectateurs et les problématiques auxquelles toutes les plateformes font face.
Le rapport évoque notamment le binge-watching, qui a autant ses avantages et ses inconvénients. Au premier semestre 2026, près de 40% des séries partagées sur les plateformes de streaming ont adopté ce modèle, à l'instar de The Bear.
Ce qui permet un boost de vues à leur sortie, et une place assurée au sommet des tops mondiaux, scrutés de très près par l'industrie. Mais, en parallèle, un risque que la série s'effondre rapidement dans les classements, une fois que les téléspectateurs ont enchaîné tous les épisodes en quelques heures ou quelques jours. Là où un rythme hebdomadaire permet de mieux se maintenir dans les tops.
L'autre défi, donc, c'est le long temps d'attente entre deux saisons d'une même série qui a tendance à susciter des pertes importantes d'audiences. Des gaps qui entraînent "des maux de tête" chez les sériephiles. "Les lancements annuels, qui étaient autrefois la norme même pour des grosses séries comme Game of Thrones, ne sont plus à la mode" précise le rapport.
Avec une pause record de 3 ans et demi entre ses deux dernières saisons, Stranger Things a perdu 23% d'audience. Mais le blockbuster fantastique de Netflix n'est pas le plus à plaindre. La saison 2 du Seigneur des anneaux : Les anneaux de pouvoir, dévoilée deux ans après la première, a entraîné une chute de 57% du nombre de téléspectateurs sur Amazon Prime Video. Une baisse de 59% est même observée du côté de Mercredi saison 2, qui aura mis près de trois ans à voir le jour.
Dans un monde où la culture de l'instant prime, faire attendre aussi longtemps le public a tendance à le décourager. D'autant plus qu'il peut oublier l'histoire et qu'il n'a pas forcément envie de s'y remettre.
Si un tel temps d'attente peut créer une véritable impatience chez le public, le résultat est à double tranchant. Stranger Things apparaît même comme un cas à part : malgré 3 ans et demi de pause, la série phare de Netflix a conservé sa popularité, d'autant plus qu'il s'agissait là des derniers épisodes. Là où le phénomène Mercredi, qui n'en était qu'à ses débuts, s'est rapidement essoufflé. D'ailleurs, les téléspectateurs se sont replongés dans les quatre autres saisons de Stranger Things, qui ont connu un pic d'audience à l'approche de l'ultime saison fin 2025. Ce qui n'a pas empêché le programme de perdre près d'un quart de ses spectateurs au final...
Au contraire, d'autres séries gardant un rythme plus régulier ont vu leurs compteurs exploser : c'est le cas de la fiction médicale The Pitt, grande favorite des Emmy Awards, qui a gagné 132% de téléspectateurs entre ses deux saisons.
Le monde sériel n'est pas le seul à être concerné par ce problème. En musique, les derniers albums d'Adele et de Stromae, sortis respectivement après six et neuf ans d'absence, ont beaucoup moins marché que leurs prédécesseurs. Comme quoi une longue attente n'est pas forcément récompensée.