Il est loin le temps où Madonna faisait scandale parce que ses places coûtaient au minimum 80 euros. C'est désormais devenu la somme classique à payer pour aller voir une énorme star sur scène. Avec la crise du disque et l'explosion du streaming, qui ne rémunère pas assez, les concerts sont devenus la principale source de revenus des artistes. Et d'autant plus depuis le Covid, qui a motivé encore plus de monde à assister aux concerts qui se déroulent désormais dans des salles de plus en plus grandes.
Mais cet engouement provoque l'explosion du prix des places de concerts. À Paris La Défense Arena ou au Stade de France, très rares sont les tickets vendus en dessous de 100 euros. Même au Zénith de Paris, il n'est désormais plus rare de voir un billet en fosse proposé à 80 euros. Mais comment expliquer une telle explosion des tarifs ?
Dans une interview accordée à Paris Match, Arnaud Meersseman, le directeur d'AEG, décrypte les problématiques que rencontrent l'industrie musicale et notamment les festivals. Hausse des cachets, préférences des concerts aux festivals, exclusivités géographiques, concurrence accrue... Celui qui gère les tournées de Céline Dion, Theodora ou Iron Maiden a été interrogé sur la très polémique tarification dynamique, qui fait évoluer le prix des places selon l'offre et la demande, comme pour les avions et les trains.
Ce système va-t-il s'imposer en France, comme c'est déjà le cas aux Etats-Unis ou en Angleterre ? "Je ne crois pas" tranche-t-il. Pour lui, les places Platinum de Ticketmaster, "proposées au double du prix initial", ne représentent que 500 places sur une salle de 20 000.
"Je pense que le dynamic pricing ne s’imposera pas car ces billets ne trouvent pas toujours preneurs. Et on finit souvent par les remettre sur le marché au tarif d’origine. Contrairement au Royaume-Uni ou aux États-Unis, en France, on ne traite pas la culture comme une réservation d’hôtel ou d’avion" reconnait-il. Pourtant, certains ont remarqué qu'à la mise en vente des places des concerts de Céline Dion à Paris La Défense Arena, les prix avaient bel et bien augmenté en cours de route.
Le professionnel reconnaît que les concerts sont bel et bien devenus un produit de luxe, un phénomène décuplé par les réseaux sociaux et la fameuse FOMO, soit "fear of missing out" ou la peur de louper un événement : "Avoir une place pour un événement où 2 millions de gens veulent se rendre, c’est dire “je fais partie des élus”. Tout cela est amplifié par les réseaux sociaux où on montre qu’on y est. Et si jamais il y a un invité surprise, un moment exceptionnel que tu arrives à filmer, alors là, c’est le banco des likes et des vues".
Cependant, il estime que les places de concerts ne sont pas assez chères selon lui. "Non, puisque les salles sont pleines. Si c’était le cas, on ne remplirait pas" lâche-t-il : "Est-ce que certains concerts sont inaccessibles à certaines personnes ? Hélas, oui. Est-ce à l’État d’intervenir pour rendre accessible la culture à tous ? Je ne sais pas. Il l’avait fait avec le pass Culture, ça fonctionnait bien. C’est dommage que cela s’arrête".
Un petite phrase qui risque de faire polémique et qui rappelle grandement les propos de Michael Rapino, le PDG de Live Nation, en septembre dernier, affirmant lui aussi que les billets de concerts n'étaient pas assez onéreux :
"Dans le sport, je dis en plaisantant que c'est un honneur de payer [70.000 dollars] pour une place sur le bord du terrain [de basketball]. Et on est prêt à me battre quand on demande 800 dollars pour voir Beyoncé. (...) Quand vous lisez que le prix des places explose, le prix moyen d'une place [de concert] est toujours de 72 dollars. Essayez d'aller voir un match des Lakers pour ce prix-là, et il y en a 80 [par saison]. Le prix des concerts n'est pas assez cher, et ce depuis longtemps."
Préparez-vous à payer de plus en plus cher vos prochains concerts de Coldplay, Madonna ou BTS...
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