Raconter la vie et la carrière de Michael Jackson sur grand écran était-il un pari perdu d'avance ? Oui. Mais les studios Universal ont tout de même tenté le coup, en espérant un jackpot médiatique et commercial à la clé. Il faut dire que l'aura du Roi de la Pop reste quasiment intacte (malgré les polémiques), 17 ans après sa disparition. Pour preuve, l'artiste multigénérationnel est actuellement le 26ème plus écouté dans le monde sur Spotify avec 67 millions d'auditeurs mensuels et trois chansons affichent un compteur au-dessus du milliard. Sur YouTube, ses clips cumulent plus de 16 milliards de vues !
Ainsi, dès ce mercredi 22 avril, Michael Jackson renaît au cinéma à travers le film Michael, réalisé par Antoine Fuqua, à qui l'on doit Training Day, la trilogie Equalizer ou encore le clip "Gangsta's Paradise" de Coolio. Validé par la famille, le long-métrage braque les projecteurs sur le talent fou de Jaafar Jackson, fils de Jermaine Jackson et donc neveu du King of Pop, qui incarne le premier rôle pour ses premiers pas au cinéma. Alors, Michael est-il à la hauteur des attentes ?
Malheureusement, vous connaissez déjà la réponse... Mais le postulat de départ était déjà risqué : comment retranscrire la complexité du personnage et la ferveur suscitée par chacun de ses mouvements dans un film aussi contrôlé ?
D'autant que Jaafar Jackson n'y est pour rien car l'acteur de 29 ans est clairement LE principal atout de cette méga production. Rayonnant et fragile, il incarne à merveille Michael Jackson dans ce film très musical qui se focalise sur l'enfance du King of Pop, sa relation compliquée avec son père Joseph (joué par Colman Domingo), le carton des Jackson 5 et comment il va se libérer de ses chaînes pour écrire sa légende. C'est d'ailleurs cet aspect qui est le plus intéressant.
Battu par un père ultra exigeant, Michael échappe à une enfance normale à cause du succès phénoménal que le groupe rencontre, et se réfugie dans un monde imaginaire avec ses lectures ("Peter Pan") ou ses animaux, dont son singe Bubbles, ici en images de synthèse. "Dans la vie, soit tu es un gagnant soit tu es un perdant" lui martèle Joseph, qui ne cesse de l'appeler "gros nez" et dont il va essayer petit à petit de s'émanciper tant bien que mal. Notamment à travers de nombreux passages chez le chirurgien esthétique. Un seul est retranscrit à l'écran alors que sa transformation physique évolue au fil du temps.
Le principal problème de ce film, qui se termine en 1988 et aura donc droit à au moins une suite, c'est son manque d'ambition artistique. Un comble quand on s'attaque à l'une des plus grandes stars de l'histoire de la musique. Le réalisateur nous raconte là le parcours de Michael Jackson de manière chronologique et tente de redorer le blason de l'artiste controversé, sans jamais nous présenter ses défauts. Le seul à la limite est sa lâcheté face à son père, mais elle est toujours justifiée par sa peur (légitime) de l'affronter.
Alors que les tubes des Jackson 5 ou de MJ résonnent à foison tout au long de Michael, jamais une séquence live n'emporte véritablement le spectateur, à cause d'une réalisation bâclée. Visiblement, Antoine Fuqua n'a pas su filmer la bête de scène qu'était Michael Jackson, et ces scènes fortes (heureusement portées par un Jaafar bluffant) se transforment finalement en détails. Comme le tournage du clip mythique "Thriller", d'une banalité sans nom. Le metteur en scène a-t-il été bridé au point de ne pas arriver à imposer une seule bonne idée de mise en scène ?
Tandis que Michael Jackson veut se libérer de sa famille, dont Janet est totalement invisibilisée après avoir demandé à ne pas figurer dans le film, l'histoire ne nous dit pas, par exemple, comment ses relations avec ses frères ont évolué alors qu'il a lancé sa carrière solo, laissant les quatre autres sur le carreau. Tout est survolé. Le film, dont la genèse a été compliquée et ça se voit à l'écran, se termine par l'accident survenu sur le tournage d'une publicité Pepsi, suivi d'interminables séquences live de la tournée forcée "Victory Tour" des Jackson 5, avant une ellipse de quatre ans.
Nous sommes alors en 1988 à Londres, et Michael remplit les stades comme le montre une performance de "Bad". On voit alors un MJ triomphal, superstar et méconnaissable physiquement. "Son histoire continue" peut-on lire alors... De quoi frustrer le spectateur, qui n'a donc vu pendant 2 heures qu'une mise en place édulcorée et un peu lisse de l'histoire d'une des plus grandes icones de la pop culture. La suite sera sans aucun doute plus passionnante. Mais qu'on ne s'y méprenne pas, l'objectif de réhabiliter Michael Jackson et de donner envie au public d'écouter ses chansons en boucle est totalement réussi. Et le carton au box-office est d'ores et déjà assuré. C'est déjà ça !
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