Il suffit parfois de peu pour engranger des millions. Une photo un peu étrange, une légende énigmatique et hop ! Un film à 260 millions de dollars de recettes au box-office mondial qui vient concurrencer les superproductions Disney et MGM. Le destin de Backrooms est tout ce qu'adore Internet, et pour cause : c'est là que le phénomène est né, non pas en 2026 mais en 2018.
Le 21 avril 2018, un utilisateur anonyme de 4chan, un très populaire forum anglophone, publie cette photographie dans un thread dédié à des images "maudites" :
© La photo originale des Backrooms publiée sur 4chan en 2018.
Des murs au papier peint fléché jauni, des néons d'une lumière blafarde, un faux plafond constitué de dalles minérales... L'endroit correspond parfaitement au brief : c'est étrangement malaisant.
Presque un mois plus tard, le 19 mai 2018, un autre utilisateur de 4chan invite les internautes à partager des "images perturbantes" sur une partie du forum dédiée au paranormal, en prenant celle-ci pour exemple. C'est alors qu'un anonyme imaginatif dépeint le récit que pourrait cacher ce qu'il nomme les Backrooms :
Si vous n'êtes pas prudent et que vous vous retrouvez hors de la réalité au mauvais endroit, vous atterrirez dans les Backrooms, où règnent l'odeur nauséabonde d'une vieille moquette humide, la folie d'un jaune monochrome, le bourdonnement incessant des néons à plein régime, et environ 600 millions de kilomètres carrés de pièces vides segmentées aléatoirement où vous serez piégé. Que Dieu vous garde si vous entendez quelque chose rôder à proximité, car il vous a certainement entendu.
En lisant ces mots, l'une des creepypastas - nom donné aux légendes urbaines participatives d'Internet - les plus célèbres et populaires prend soudainement vie. Le mythe des Backrooms se répand dès 2019 sur Twitter et devient un mème à part entière. Avec l'émergence de TikTok, les bureaux miteux et jaunis de la photographie se matérialisent désormais en support vidéo.
Tout bascule le 7 janvier 2022 lorsque la chaîne YouTube de Kane Pixels, un apprenti vidéaste de 16 ans, publie la première d'une série de vidéos found fountage intitulée The Backrooms (Found Footage). Le carton est immédiat (86 millions de vues), et Kane Parsons est aujourd'hui le plus jeune réalisateur de l'histoire à s'être emparé de la tête du box-office US grâce à son long-métrage Backrooms, qui signe un démarrage explosif en France.
Mais d'où proviennent ces fameux backrooms ? Un tel lieu existe-t-il réellement ou s'agit-il d'une illustration digitale créée sur logiciel ? Le mystère n'a cessé de hanter les Internets depuis huit ans... et il a été résolu le 30 mai 2024. Ce jour-là, un utilisateur de Twitter poste deux photographies, l'une des Backrooms, l'autre d'un lieu qui s'y apparente, avec cette affirmation :
"Mon ami a trouvé la localisation des Backrooms, c'est dans le Wisconsin et ces photos datent de 2003."
Le message est si massivement repartagé que les véritables Backrooms sont identifiées en un clin d'oeil. Ces murs qui font froid dans le dos proviennent d'un entrepôt situé au numéro 811 d'Oregon Street à Oshkosh, une petite ville de 66 000 habitants du nord des États-Unis.
La photo en question a été prise pendant une rénovation des lieux, ce qui explique son atmosphère vide et crispante. Pour la petite histoire, le bâtiment a hébergé un restaurant nommé The Upper Crust Pizza Compagny avant d'être transformé en enseigne HobbyTown. Il abrite aujourd'hui John's Hobbies, un magasin de jouets doté d'un circuit pour voitures télécommandées !
Et si le visionnage de Backrooms au cinéma a titillé vos envies de déco, sachez que le studio A24 met en vente sur son site officiel le fameux papier peint fléché et jauni. Idéal pour un coin bureau !
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