Les festivals sont aujourd'hui un incontournable du paysage musical. Tous les artistes veulent en être et les plus grandes stars, françaises comme internationales, y trustent le haut de l'affiche. Mais il fut un temps où les festivals étaient sous-développés et représentaient un véritable risque financier.
C'est le cas de ce Riviera 76, événement français totalement oublié et remis à l'honneur aujourd'hui à l'occasion d'un documentaire disponible sur France.tv. Un film qui voit le jour après la découverte, dans une cave parisienne, de 153 bobines de pellicules de films tournés sur place. Un événement qui aurait dû lancer la mode des festivals dans l'Hexagone, mais qui a tourné au fiasco.
Remontons 50 ans en arrière : en 1976, la France est encore une terre vierge de festivals. Mais l'Américain Michael Lang veut s'imposer. Et il a de l'expérience : c'est lui qui, sept ans plus tôt, a co-organisé Woodstock, dont la sortie d'un film oscarisé sur l'événement l'a fait entrer dans la légende. Cette fois-ci, direction le Sud de la France avec Riviera 76, "36 heures de musique dans 350 hectares d’herbe" organisées sur le circuit automobile du Castellet dans le Var.
Pour espérer attirer un public large, les organisateurs misent sur une programmation jazz-rock autour de grands noms comme Joe Cocker, Gil-Scott Heron ou le mythique groupe de rock progressif français Magma, ultra célèbre à l'époque.
Sauf que rien ne va se passer comme prévu.
Tout d'abord puisque le festival se déroule sous une chaleur de plomb et sans véritable endroit ombragé, si ce n'est un lac artificiel crée pour l'occasion.
De plus, ce Riviera 76 n'atteint pas les objectifs attendus : alors que les organisateurs espéraient 100 000 spectateurs, il est estimé que seuls 30 000 festivaliers ont fait le déplacement. Dont beaucoup de resquilleurs, entrés sans payer.
Autre problème ? La mafia locale s'en mêle et demande aux organisateurs une part des recettes du festival qui se déroule sur ses terres. Ils menacent de séquestrer les artistes et arrivent même à court-circuiter les lumières du festival. En contrepartie, Michael Lang jure de leur reverser les droits d'un film sur le festival... déjà promis aux musiciens et qui ne verra jamais le jour ! Certains, à l'instar de Magma, n'ont d'ailleurs jamais été payés pour leur performance.
© France 2
Déjà à l'affiche du Woodstock original et star de ce Riviera 76, Joe Cocker débarque sur scène ivre mort et livre une prestation calamiteuse. Il quitte les lieux au bout d'une vingtaine de minutes, au lieu de l'heure réglementaire. Ce qui suscite la colère de la foule, principalement composée de hippies, qui s'est déplacée en masse pour voir l'icone britannique du blues-rock. Mais contrairement à Woodstock 99, autre festival chaotique organisé par Michael Lang, aucun pillage ou débordement n'est à déplorer sur le site varois.
Seule solution pour calmer les esprits ? La prestation extatique de la chanteuse soul Betty Davis à 3 heures du matin. Une artiste au tempérament électrique qui aurait pu devenir la nouvelle Aretha Franklin mais qui, coup du sort, retomba dans l'anonymat. À l'image de ce Riviera 76, qui devait paver la voie à d'autres festivals français mais que tout le monde a oublié...
S'il est beaucoup moins sensationnel que Woodstock 99, ce documentaire fascinant permet de replonger dans ce festival totalement oublié, à travers une galerie d'images totalement inédites et symbolisant une France des années 70 qui semble aujourd'hui bien lointaine. Un pan d'histoire musicale à redécouvrir de toute urgence !