Gratuit en stream, ce film choc s'inspire d'une vraie "expérience sociale" traumatisante
L'expérience est, comme La vague, un film choc.
Et qui puise à l'unisson dans une vraie "expérience sociale". L'un imagine une reconstitution du nazisme dans une classe de lycée, laquelle, sans surprise, tourne au vinaigre. L'autre, une vaste simulation, où de faux prisonniers seraient confrontés à de faux gardiens au sein d'un lieu clos. Et là encore, ça vire très, très mal.
Voilà ce que propose L'expérience, le premier long de Oliver Hirschbiegel, qui n'est autre que le cinéaste derrière La Chute, oui oui, le récit des derniers jours d'Hitler, qui, accusé "d'humaniser" le dictateur, a suscité une énorme polémique il y a 22 ans. Avant, c'est étonnant, de devenir une curieuse source de "memes" sur les réseaux sociaux.
Mais avant cela, il y eu donc L'expérience, à retrouver gratuitement en stream sur le site de Arte. Une œuvre choc particulièrement radicale... Mais peut être encore moins que les faits réels dont elle s'inspire !
On vous raconte tout.
C'est un postulat d'une limpidité exemplaire.
Un jeu de rôles. D'un côté, des gardiens. De l'autre, des prisonniers. Même si tout cela est "faux", jusqu'où la mascarade peut-elle aller ? A partir de quand la violence devient bel et bien réelle ? Et est-ce si dangereux d'attribuer aléatoirement à des monsieur-tout-le-monde une autorité disproportionnée ? Vous devinez les réponses. Ce qui n'adoucit en rien la violence de L'expérience.
Choquant, oui, mais encore moins que la vraie histoire "scientifique" derrière tout ça, sur laquelle se repose le cinéaste : la fameuse simulation de Stanford. Du nom de l'université américaine où a pris place, là encore, un jeu de rôles. Un psychologue, Philip Zimbardo, élabore en compagnie de chercheurs un curieux "test" en lien avec les études du comportement humain Une prison est directement reconstituée dans les sous-sols du département Psychologie de la fac, des étudiants (consentants bien sûr, et même rémunérés !) y sont enfermés, d'autres sommés de les surveiller.
Six jours à peine plus tard, le verdict est dramatique : face à l'accumulation d'attitudes sadiques de la part d'une moitié des volontaires (devinez laquelle), l'expérience est brutalement achevée par les scientifiques. Excès de violences, détresses, traumas, le bilan est sans appel, les rapports de force sont rarement dépourvus d'excès... Même quand ils sont purement factices.
Cette démonstration de sciences sociales est une critique à peine déguisée de l'enfer carcéral. Ses résultats susciteront fascination (morbide) et larges controverses. Encore aujourd'hui, l'expérience de Stanford est source à polémiques. La qualité de son protocole scientifique est très discutée et ses conclusions, qualifiées de manichéennes. D'autres sont outrés par sa dimension radicale, qui interroge l'éthique. Il n'empêche, son récit est devenu légendaire.
Mais ce n'est pas tout. Quoi que l'on pense de la pertinence de cette expérience, on y trouve aussi une dimension politique très acerbe. Nous sommes alors en 1971, en Californie. Entre ça et la série de meurtres alors orchestrée par le fameux "Zodiac", autant dire que le contexte n'a rien de très fun, même à quelques enjambées d'Hollywood : le pays entier regorge de violence. Et aux Etats-Unis, pays des armes à feu, cette violence constitue une vraie culture. Là encore, Stanford l'illustre. Trop.
Le réalisateur de La Chute s'émancipe néanmoins du cadre états-unien et convoque déjà l'Histoire de son propre pays. Et oui, car la hiérarchisation des individus, les humiliations, physiques et psychologiques, érigées en système social, les scènes de tortures diverses, tissent d'effroyables échos avec "les heures les plus sombres" de la société allemande. Un pamphlet tout à fait vertigineux.
À noter d'ailleurs que Netflix vient d'annoncer la sortie du programme de télé-réalité The New Stanford Prison Experment, qui reprendra donc le même concept.