Par Quentin Piton Journaliste Séries - Ciné
Journaliste spécialisé dans les séries, le cinéma, mais également les anime et mangas. Passe son temps à rêver d'Emma Watson, considère Olivier Giroud comme le GOAT et refuse de parler avec ceux qui sont contre la vérité absolue qui est : How I Met Your Mother est une meilleure série que Friends.
"Je perds de la santé mentale", Maghla victime de montages porno, menaces, photos dégradantes... son coup de gueule important
"Je perds de la santé mentale", Maghla victime de montages porno, menaces, photos dégradantes... son coup de gueule important
L'heure de la révolution a sonné au sein du Twitch Game. Lassées de garder sous silence les nombreux cas de harcèlement et menaces dont elles sont victimes au quotidien (ou de ne pas être entendues quand elles parlent), des streameuses françaises - probablement inspirées par l'importante prise de parole d'Amouranth, passent aujourd'hui à l'attaque. Après Shironamie qui a dévoilé un terrifiant appel téléphonique d'un "fan", c'est au tour de Maghla de pousser un coup de gueule contre le comportement toxique et dangereux d'une partie de la communauté.

Les streameuses contre-attaquent

Le monde du stream féminin est au bord de l'implosion. On le sait, les femmes ne sont malheureusement jamais traitées de la même façon que les hommes sur Twitch et se retrouvent régulièrement la cible d'une partie toxique de la communauté de viewers. Moquées pour leurs contenus, critiquées pour la moindre tenue portée, rabaissées vis-à-vis de leur carrière..., les streameuses ne bénéficient pas de la même expérience que leurs confrères masculins et sont constamment victimes de harcèlement en ligne, sur les chats ou réseaux sociaux, ponctuées par des insultes et menaces.

Une situation honteuse et déplorable devenue une triste norme, que ne veulent plus taire les principales concernées. Aussi, après Amouranth qui a levé le voile sur la violence psychologique dont elle a été victime durant des années de la part de son mari et Shironamie qui a diffusé en direct l'appel téléphonique d'un fan de son contenu qui lui promettait de s'infiltrer chez elle, de la décapiter et la violer, c'est désormais Maghla qui vient de pousser un terrible coup de gueule.

"Il y a des centaines de pages de gens qui se branlent sur mes photos"

Lassée de s'entendre dire qu'il faut "ignorer [les problèmes] pour que ça passe" - chose qui ne s'est jamais vérifiée, la spécialiste du Let's Play sur Twitch a confessé qu'elle n'en pouvait plus de garder sous silence les comportements toxiques, glauques et déshumanisants d'une large partie de la population qui empoisonne la communauté du stream et qui l'empêche de vivre comme elle le souhaiterait.

Elle l'a rappelé sur Twitter à l'occasion d'une thread aussi fort qu'inquiétant, elle est aujourd'hui obligée de cacher la moindre parcelle de son corps durant ses lives au risque de voir des internautes en profiter pour détourner ses apparitions. "[Sur Reddit] il y a des pages entières de gens qui font du rp sexuel [jeu de rôle, ndlr] en se faisant passer pour moi, font des topics entiers sur un bout de peau qui dépasse ou de trucs qu'ils trouvent hot alors que vraiment Y A RIEN", a-t-elle déploré, avant d'ajouter, "Il y a des montages également sur des corps d'actrices porno".

Maghla l'a effectivement dévoilé, il existe des forums entiers qui lui sont dédiés dans lesquels on retrouve des montages qui l'imaginent dans des positions sexuelles dégradantes, tandis que des internautes se photographient en train de se masturber / éjaculer devant ces contenus, le tout porté par d'horribles commentaires. "Il y a des centaines de pages de gens qui se branlent sur mes photos et les postent, a-t-elle révélé, images à l'appui. Les commentaires peuvent aller du 'je la viole' à 'je vais la pénétrer cette chienne'".

"Je perds de la santé mentale"

Et malheureusement, ces contenus et comportements lui sont parfois directement adressés. Que ce soit dans ses messages privés ou dans le chat durant ses lives, il n'est pas rare que certaines personnes lui partagent des choses toujours plus choquantes qui l'empêchent d'ignorer ces phénomènes : "Il y a des dickpics à gogo, mp sales en mode 'jte viole jte baise'. Également des gens des topics au-dessus qui envoient leurs oeuvres ou te disent ce qu'ils font dessus et que ces topics existent".

Une situation qui dure depuis des années - la récente égérie de Yves Saint Laurent a notamment déjà fait un burnout en 2019 notamment causé par ce cyberharcèlement, et qu'elle ne veut plus accepter / laisser passer, tant celle-ci a de plus en plus de conséquences sur sa santé. "Je vous jure que les commentaires en mode 'gngn tu mets des vêtements pour attirer des viewers' JUSTE NON. Plus je montre de peau, plus je perds de la santé mentale, a-t-elle expliqué. Je fais tout pour esquiver ces gens là, ça me dégoûte que des gens viennent bite en main [sur ses lives]".

Dégoûtée par ces "détraqués", Maghla s'avoue "épuisée" de se battre seule face à ça, sans être écoutée et prise au sérieux : "Ce que je vis, toutes les streameuses le vivent et on ferme notre gueule H24 parce qu'on prend aussi des 't'as percé par ton corps/parce que t'es une meuf/t'es belle', alors que derrière on prend des contenus au quotidien dont on se passerait bien".

Un témoignage qui a visiblement réveillé une bonne partie du Twitch Game, notamment du côté masculin. Sur Twitter, de nombreuses personnalités de la plateforme n'ont hésité à la soutenir et à s'attaquer aux comportements de ces internautes. Des paroles réconfortantes mais qui, on l'espère, ne s'arrêteront pas à ce thread.

Aussi laborieux que cela puisse être, c'est en effet aux streameurs - qui possèdent clairement des privilèges, d'en profiter pour éduquer et rappeler à l'ordre ces viewers malaisants, quitte à perdre une partie de leur public (en même temps, qui veut être suivi par des ordures ?). Du côté des plateformes comme Twitch / Instagram / Twitter et de sites internet comme Reddit ou autre (mais également de la police), il est également temps que le combat contre le harcèlement soit enfin pris au sérieux, qu'importe sa forme, avec un développement des moyens de lutte.

Pour rappel, le cyberharcèlement est punissable de 2 ans de prison et 30 000 € d'amende.