Breaking Bad ? Sur écoute ? Game of Thrones ? Oubliez-les toutes ! La véritable plus grande série de l'histoire, la seule, la vraie, c'est Twin Peaks. Et ce n'est pas un avis subjectif (en partie...) tant la fiction créée par David Lynch et Mark Frost a durablement marqué l'histoire des séries télévisées.
Car sans Twin Peaks, il n'y aurait pas de X-Files, pas de Lost, pas de Sopranos ni de Watchmen. Les showrunners l'admettent, ils doivent tous quelque chose à Lynch et sa série qui, au début des années 90, a connu une gloire aussi fulgurante qu'un échec injustifié.
Récapitulons : à la fin des années 80, après s'être fait un nom grâce au thriller Blue Velvet, David Lynch se lance dans la conception d'une série. Aux côtés de Mark Frost, il pense développer tout d'abord un film autour du meurtre mystérieux de Marilyn Monroe. Mais ils changent vite de sujet, et de format, pour s'atteler à créer l'univers de Twin Peaks, une petite ville de 50 000 âmes située dans l'État de Washington, à la frontière entre les États-Unis et le Canada.
L'histoire est simple : Laura Palmer, jeune lycéenne de 17 ans fraichement élue reine de beauté de la ville, est retrouvée morte assassinée. L'agent du FBI Dale Cooper arrive sur place pour élucider l'affaire et découvre qu'à l'instar de sa victime, la ville cache de nombreux secrets sordides et n'est pas aussi reluisante que son image de carte postale le laisse penser.
Dès sa première diffusion au printemps 1990, Twin Peaks crée l'événement. Grâce à un univers onirique unique, une galerie de personnages fantasques, des intrigues dignes d'un soap opera et la musique culte d'Angelo Badalamenti, les épisodes passionnent les spectateurs américains. Ils sont parfois plus de 30 millions à suivre cette enquête insolite zébrée d'éléments surréalistes.
L'image la plus marquante de Twin Peaks ? Sans aucun doute celle de L'Homme venu d'un autre endroit, un nain qui parle à l'envers dans une pièce aux rideaux rouges et au sol en zig-zag. Une image devenue indissociable de l'univers "lynchien" et qui a rapidement été parodiée par les Simpsons, preuve de son impact immense sur la pop culture.
Après une première saison saluée, la seconde subit les aléas d'une diffusion hachée qui perd les spectateurs. Les audiences s'effondrent autant que la qualité narrative : sommé par la chaîne ABC de révéler l'assassin de Laura Palmer, ce qu'il ne voulait pas faire au départ, Lynch abandonne peu à peu son œuvre qui, dans la deuxième moitié de la saison 2, opère un virage vers des intrigues bien moins passionnantes. Mais se rattrape lors d'un épisode final légendaire et d'une fin choc. D'autant plus que la série est annulée à la fin de cette deuxième saison, faute d'audience.
"On se reverra dans 25 ans" promettait Laura Palmer dans ce final. Promesse tenue. En 2017, David Lynch réactive Twin Peaks avec une troisième saison nommée The Return. Ayant les pleins pouvoirs, le cinéaste construit plus qu'une série : un véritable film de 18 heures où il faut se laisser porter par l'atmosphère, plutôt que par une histoire très morcelée. Le tout culminant dans un huitième épisode dont les téléspectateurs ne se sont jamais remis.
Les critiques sont dithyrambiques, mais la diffusion fait un énorme bide. Certains sont désarçonnés de ne pas y retrouver ce qu'ils ont aimé dans la série originale, qui se dilue ici dans de nombreuses parenthèses inattendues. Pourtant, Twin Peaks : The Return, c'est le bilan d'un David Lynch qui y met tout son art, toutes ses références, tout son talent dans un ultime geste artistique que personne n'a vu venir. Et qui continue de générer les théories les plus folles.
S'il nous a quittés en janvier 2025, David Lynch n'a jamais cessé d'exercer une véritable fascination sur le public et notamment à travers Twin Peaks, l'œuvre somme de sa carrière. Davantage que les films Mulholland Drive ou Lost Highway souvent cités. Ça tombe bien, Arte propose depuis le mois de janvier, et jusqu'au 19 décembre prochain, les trois saisons de Twin Peaks sur sa plateforme. Soit la possibilité de voir gratuitement la plus grande série de l'histoire. Une aubaine pour replonger dans un monde où les enquêtes se résolvent à coup d'énigmes cryptiques, de rêves, de tarte à la cerise et de café. Beaucoup de café.
Revoir Twin Peaks 35 ans après sa création, c'est replonger dans un monde aussi merveilleux que dangereux, dont on ne veut pourtant jamais sortir. C'est croiser une femme à la bûche, un psychiatre avec des lunettes bicolores, un manchot vendeur de chaussures et un géant qui laisse des indices énigmatiques, c'est vibrer au son des chansons éthérées de Julee Cruise, c'est suivre un mystère jamais véritablement percé, c'est assister au plus grand événement télévisuel du siècle dernier. Du siècle actuel. Et probablement du siècle à venir.
Seule ombre au tableau ? Arte ne propose pas le film Twin Peaks : Fire Walk With Me, véritable chef d'œuvre contant les sept derniers jours de Laura Palmer et qu'il faut impérativement avoir vu après la fin de la saison 2. Pour se rattraper, rendez-vous dans les salles parisiennes, où il est souvent rediffusé, ou lors du Cinéma en Plein Air de La Villette, qui le projette le samedi 8 août.
Pour voir gratuitement les trois saisons de Twin Peaks c'est par ici ! Bon visionnage et comme dirait l'Homme venu d'ailleurs, "Let's Rock !".
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