Début septembre. Nous sommes conviés dans les locaux parisiens du label Beggars pour découvrir en avant-première Dopamine Chamber, le nouvel album ultra attendu de Fontaines D.C. (sortie ce 16 octobre), le groupe de rock le plus populaire et le plus excitant du moment.
Nous sommes 15 jours après le retour scénique triomphal des Irlandais au festival breton La Route du Rock. Une de leurs dernières prestations dans des endroits "à taille humaine". Dans les enceintes du label, les infrabasses des 11 chansons transpercent les enceintes. Le quintet poursuit son exploration sonique dans des contrées plus synthétiques, plus sombres.
L'ouverture apocalyptique Six Shot Morning, l'énorme Mimesis que n'aurait pas renié Depeche Mode, la power ballad orchestral You Miss Me, la déflagration électrique Happy for You ou les accents trip-hop de Tongue... Fontaines D.C. écrit la suite logique de son précédent album Romance autant qu'il se réinvente.
Et puis au milieu, il y a Where is Gone?. Une sorte de ballade crépusculaire et lyrique, qu'on croirait enregistrée au beau milieu de la lande irlandaise et calibrée pour un générique de James Bond.
On nous prévient : c'est un duo, et c'est à nous de reconnaître la voix de l'invitée surprise. "Un très très gros nom, assez inattendu" nous souffle-t-on. On sèche avant que son identité ne nous soit révélée : Rosalia. On hallucine. Puis on trouve ça finalement assez logique.
Et on se dit que c'est là l'ultime étape qui achève la starification de Fontaines D.C. Pour son premier duo officiel sur disque, le quintet s'offre ni plus ni moins que l'une des plus grosses stars du moment.
Dans une interview accordée à la BBC, le guitariste Carlos O'Connell révèle que le groupe a proposé plusieurs chansons à Rosalia, alors en pleine tournée, et qu'elle a immédiatement flashé sur Where is Gone? :
C'est elle qui a choisi ! Il y a tellement d'artistes avec qui on adorerait collaborer. Pour moi, la plupart de ces gens ont déjà eu leur [pic de carrière]. Rosalia, elle, est au pic de sa carrière et ça m'époustoufle de voir ce qu'elle fait aujourd'hui.
Une phrase loin d'être anodine. Car cette collaboration, restée un secret bien gardé pour les rares chanceux qui ont écouté l'album pendant plusieurs semaines, marque un véritable tournant pour Fontaines D.C. : celui de la confirmation et de la validation. Et pas par n'importe qui : Rosalia est sans conteste l'une des popstars les plus adulées actuellement et son dernier album LUX a connu un triomphe aussi bien public que critique.
Voir une artiste de ce niveau répondre à l'affirmative à la proposition d'un groupe de rock sur la pente ascendante pourrait sembler étonnante. Ou un coup marketing. Mais elle est une étape logique, autant pour la Catalane que les Irlandais.
Bien évidemment, les puristes qui les ont découvert dans des petites salles pourront hurler à la "mainstream-isation" d'un groupe qui, jusqu'ici, revendiquait haut et fort son indépendance. Mais il s'agit là du dernier chapitre marche dans la starification ultime de Fontaines D.C. qui, depuis ses débuts il y a moins d'une décennie, a déjà gravi toutes les marches du succès. Album après album. Claque après claque. Emergeant de la vague post-punk britannique pour devenir le groupe de toute une génération.
Révélé en 2019 avec son premier album Dogrel, la formation n'a cessé d'attirer un public de plus en plus grand au fil de ses réinventions sonores : le ténébreux Skinty Fia (2022) et le blockbuster Romance (2024) ont achevé de l'installer sur un piédestal. Et en tête d'affiche de tous les plus gros événements mondiaux.
Il suffit de voir le nombre de t-shirts Fontaines D.C. arborés à chaque festival pour se rendre compte de l'impact de Grian Chatten et de ses camardes. Leur venue à la Route du Rock a d'ailleurs permis au festival malouin d'afficher sold out en quelques jours. Du jamais vu en 35 ans !
Fontaines D.C. joue désormais dans la cour des grands, comme leurs grands frères d'Arctic Monkeys pour lesquels il faisait la première partie il y a encore trois ans : 10 millions d'auditeurs mensuels sur Spotify, des sessions d'écoute de l'album prises d'assaut dans le monde entier et une tournée qui affiche complet en quelques minutes.
À Paris, la bande jouera le 13 novembre devant plus de 20 000 fans à l'Accor Arena. En Angleterre, ils s'attaquent désormais aux stades dont le prestigieux London Stadium d'une capacité de 80 000 places, pour l'été 2027.
L'avenir ? Il leur appartient déjà en réalité.
© Elizaveta Porodin