Six Flammes, trois nominations aux Victoires de la Musique, un album solo, une mixtape : l'ascension de Tiakola a beau être fulgurante, elle ne doit rien au hasard. Pendant des années, l'artiste a affûté ses armes avec 4Keus, groupe de la cité des 4000. Avec ses comparses, Tiakola a appris les rouages de l'industrie et a travaillé un style unique entre la trap, l'afropop et le rap.
Quand Mélo est arrivé dans les bacs au printemps 2022, il était donc prêt à prendre la lumière. Meuda, Riri / No Camera, Gasolina avec Rsko : que des frappes en pleine lucarne. Le Kiki Mbappé du rapgame.
Pour se rendre compte du phénomène, rien de mieux que les chiffres : la mixtape BDLM Vol.1 comptabilise 354 000 ventes depuis sa sortie en septembre 2024. Du (très) lourd. Et la suite s'écrira le 25 septembre 2026. Depuis des mois, Tiakola travaille sur un deuxième album studio qui répondra au nom de WpointM. "Un blockbuster garanti" selon son label, pour qui ce projet "fusionne les héritages français et africain" de la star de 26 ans.
Premier extrait dégainé en mai, Savage s'ouvre sur un sample de L'Or Mbongo, célèbre chanteuse gospel de Kinshasa. Un clin d'oeil à ses origines kino-congolaises autant d'une déclaration d'intention. Car avec Mélo Décalé, dispo depuis le 12 juin, Tiakola monte en puissance, et met sa large notoriété au service d'un combat.
Le single aborde un style nouveau pour l'artiste : le coupé-décalé, un genre popularisé dans les années 2000 en Côte d'Ivoire par le collectif La Jet Set, emmené par Douk Saga. Son rythme irrésistible, très estival, lui assurera un démarrage solide dans les charts français, mais c'est surtout pour son fond et non sa forme que le morceau se révèle véritablement impactant.
En plein milieu de son potentiel tube de l'été, Tiakola lâche un interlude inattendu pour dénoncer une réalité économique tout bonnement honteuse :
"Big up à Djobane Djo et tous les artistes africains (Africaines aussi)
Maintenant qu'j'ai pu attirer votre attention, j'ai un message à faire passer à YouTube et toutes les plateformes
Commencez à monétiser les clips vidéo de nos artistes afro-francophones, s'il vous plaît, on y va !"
Tiako le dit avec du sourire dans la voix, mais le message est limpide. Lui a grandi en écoutant sur YouTube les grandes figures de la musique africaine, dont le chanteur comorien Djobane Djo. En Afrique subsaharienne francophone, la plateforme vidéo de Google représente 71% de la consommation musicale gratuite selon Africa Music & Charts. Or, encore en 2026, aucun des artistes originaires de cette région n'est rémunéré à sa juste valeur puisque de l'aveu même de Google, seul le Sénégal est éligible à la monétisation. Le Mali ? Le Cameroun ? Le Congo ? À la trappe. Et pour le Sénégal, la situation n'est guère reluisante.
"L’Afrique subsaharienne francophone, bien que très dynamique culturellement, reste peu rentable en termes de revenus publicitaires et de monétisation directe. Ainsi, même lorsqu’un artiste cumule des millions de vues ou de streams, le revenu par utilisateur reste extrêmement bas" explique à Cio-Mag le spécialiste et conférencier Davy Lessouga.
Il prend pour exemple le cas de Tam Sir. 10 millions de vues pour son clip Coup de marteau ? À peine 971 euros de revenus publicitaires. Une somme dérisoire.
Avec Mélo Décalé, Tiakola espère donc attirer l'attention sur ces inégalités qui freinent l'économie de la musique locale, et par ricochet l'expansion de la musique francophone africaine sur d'autres territoires. Difficile pour les artistes de poursuivre une carrière pérenne quand les grands acteurs du marché dressent des obstacles qui paraissent infranchissables...
Comment disait Tiakola avec 4Keus, déjà ? "Jeune renoi veut faire d'la moula".
player2
player2
player2
player2
player2
player2
player2
player2
player2
player2
player2
player2
player2
player2
player2
player2
player2
player2