Hello Filiz ! On fait les présentations ?
Coucou, moi c'est Filiz ! Je suis chanteuse, pianiste et artiste tout court parce que je fais plein de choses. Je sors un EP et il s'appelle La folle du bus.
Avant de parler de ton projet, on va apprendre à mieux te connaître. Quel a été ton premier choc musical, ta première claque ?
J'en ai trop à vrai dire. Quand j'étais petite, la première claque que je me suis tapée, c'est de ma génération mais c'était Mariah Carey. Ma mère avait un iPod, j'écoutais ses musiques et quand j'ai écouté Mariah Carey, je me suis dit : "Il n'y a pas plus belle voix au monde". Aujourd'hui, je pense encore que c'est l'une des plus belles voix au monde ! Pour moi, c'était ma première claque et elle m'a donné encore plus envie d'être chanteuse.
Il y a un album ou une chanson en particulier qui t'a obsédée ?
Avec mon père, on regardait souvent un live où elle chantait Fantasy. À l'époque il n'y avait pas d'autotune et sans aide de la technologie, on dirait un disque ! Avec les petites whistle notes qu'elle sait faire... C'est juste inhumain.
C'est quoi le déclic dans ta vie perso ou pro qui t'a fait dire : "OK, je lâche tout et je vais vraiment aller à fond dans la musique" ?
Histoire folle : on est en 2020 et je fais des concerts dans la rue avec une pote. Un jour, on se fait dénicher par des casteurs pour un télécrochet. À ce moment-là, on est censées le faire à deux parce qu'elle est guitariste et moi je suis chanteuse. Et à cinq jours du tournage, la fille en question me dit qu'elle ne veut pas venir... Je suis en pleurs parce que je le vis comme un abandon, comme une trahison ! Ma marraine, qui me suit depuis un moment, qui m'a vue grandir et qui est comme ma grande sœur pour moi, me dit : "Écoute, c'est une très belle opportunité pour toi de briller seule, et de toute façon moi ça commence à me saouler mon travail, je vais le lâcher. Ça te dit, on bosse sur ton projet ? Parce que je crois en toi de fou". Depuis 2020, on s'est lancées, j'ai quitté mes études et voilà !
Et du coup, tu l'as fait ce télécrochet ?
Ah oui, je l'ai fait. C'était "La France a un incroyable talent" [sur M6] et j'ai fini en demi-finale. C'était il y a très longtemps ! Pour moi, c'était une belle expérience et même une impulsion pour me dire : ça peut devenir réel si j'en avais vraiment l'intention.
Les concerts de rue, j'imagine que c'est très formateur. Qu'est-ce que tu en retiens ?
Depuis mes 14 ans, j'allais dans les centres commerciaux et dans les gares pour jouer du piano. La rue, c'est une école qui t'apprend à ne pas prêter attention au regard des gens. Personne ne t'attend. Tu auras toujours un public différent et c'est ok. Ça te permet d'affronter tes plus grandes peurs : pour moi, c'était de jouer devant des personnes. Du coup aujourd'hui, dès que je monte sur scène, je n'ai plus peur devant qui que ce soit ! (Sourire). Je pense que c'est l'une des plus grandes leçons que tu peux recevoir, et ça te permet d'améliorer ton jeu de piano ou ton chant. C'est ultra formateur et je peux conseiller ça à n'importe qui qui veut se lancer.
Tu es très active sur les réseaux sociaux. Tu les vois comme un outil de création à part entière ?
À la base, j'ai vraiment été formée par ça car j'ai fait beaucoup de vidéos avec des pianos en gare. Je me suis toujours servie de la création de contenu comme d'un outil pour montrer que je fais de la musique. Et je n'ai jamais fait autre chose sur les réseaux sociaux : je faisais du piano en gare, je chantais, je faisais des mashups... Puis après, j'ai voulu montrer mes propres musiques. C'est vraiment un outil pour me permettre de toucher un maximum de gens.
Sur les réseaux, tu es la reine des impros. Comment as-tu affûté ce skill ?
J'ai toujours été fan de mashups ! En 2016, je voyais plein de covers de personnes qui faisaient des medleys et je me suis dit : "Pourquoi pas moi ?". Plus tu commences à jouer du piano, plus tu entends qu'il y a des accords magiques... et que beaucoup de musiques ont des similitudes. C'est un peu un rôle de DJ, de se dire : "Comment on peut les mixer ?". Il y a un vrai travail de perfectionnement de l'oreille musicale. Depuis que je suis petite, j'ai un trauma : je déteste que les gens s'ennuient avec moi. (Rires) Je refuse ! Du coup, à chaque fois que je joue un morceau, même si ce n'est pas forcément un morceau que je vais apprécier, je vais me dire qu'il faut que je l'enchaîne rapidement avec un autre parce que le but c'est de garder l'attention de la personne. Des fois je joue du piano, les gens réagissent, et je me dis : "OK, s'il kiffe ça, je peux rajouter ça".
J'imagine que ça aide pour les concerts, à savoir sentir la vibe du public ?
Complètement. Tu analyses vraiment ce que les gens apprécient. À ce moment-là, la musique tu ne la fais plus pour toi mais tu la fais pour les autres. Je trouve ça trop beau parce que les gens vont réagir souvent positivement, et c'est comme un jeu de ping-pong.
Est-ce qu'on peut parler un peu de ta DA ? Tu joues avec une esthétique hyper colorée, très Y2K. Tu puises où tes inspirations ?
Je pense que les gens commencent à capter : je suis une ancienne kikoojap. (Rires) J'ai été bercée par beaucoup de shojos plus jeune comme Cardcaptor Sakura, Fruits Basket et Shugo Chara!, puis plein de shonens : One Piece, L'Attaque des Titans. C'est pour ça d'ailleurs que je m'appelle Filiz Ackerman sur les réseaux ! Je puise beaucoup de mon inspiration dans l'esthétique nippone, les mangas et musicalement beaucoup la J-Pop, les OST et la K-Pop. J'aime beaucoup tous ces sons que peut apporter l'Asie du Sud-Est, qui sont très kawaii. Des fois tu joues à la Wii ou à Animal Crossing, tu entends de la musique qui est très mignonne et je me dis : "Pourquoi on ne l'utilise pas ?!". Il y a un truc catchy. Après, ça ne catche pas tout le monde non plus mais moi, perso, ça me catche.
En écoutant l'EP, je me suis dit que tu serais géniale pour faire du doublage, car il y a un vrai travail sur ta voix. Quand tu chantes une chanson, tu as l'impression d'incarner un personnage ?
Complètement ! D'ailleurs, quand je fais mes chœurs, je fais beaucoup d'ad-libs théâtraux. Des fois, je vais faire des chœurs qui sonnent très manga, très anime. Depuis que je suis ado, tout le monde me dit : "Tu fais trop bien la meuf des shonens". Tu n'es pas le premier à me le dire, et dans une autre vie, ou peut-être prochainement, j'espère faire du doublage, j'aime trop.
C'est un aspect qui t'intéresse, ce côté théâtral dans tes chansons ?
Disons que c'est comme une aire de jeu la musique. Je n'ai pas envie de me prendre au sérieux puisque dans la vie de tous les jours, je ne me prends pas forcément au sérieux. J'aime bien que la musique soit surprenante avec des moments incongrus. Des fois, je vais avoir des toplines R&B, qui vont être chill, et d'un coup on ne s'y attend pas, on interagit et je trouve ça cool. Ça permet que la musique soit plus vivante. Ça permet d'amener ce côté inattendu, de déjouer les attentes. Je ne me mets aucune barrière : si je trouve ça drôle et cool, je le fais !
Tu réalises aussi tes propres clips animés, tu danses, tu écris... Tu as une volonté d'avoir ce côté artiste 360 ?
Je me considère comme artiste car j'aime toucher à tout. J'ai fait des études d'animation 2D/3D, j'ai toujours dessiné depuis très petite. Avec la musique, ce sont deux passions qui se battent l'une et l'autre depuis mon plus jeune âge. Pour moi c'est une manière de pouvoir joindre les deux, par exemple faire des réels animés pour montrer mon univers et l'appuyer davantage. Évidemment que ce serait plus simple pour moi que tout puisse être délégué et en même temps, tout le monde n'est pas dans ma tête. (Rires) Comment faire en sorte que ça puisse me satisfaire au maximum ? Des fois je me dis : j'arrête de souler tout le monde, je vais le faire moi-même.
Ça te permet aussi d'avoir le contrôle sur ta création dans une industrie avec ses codes et contraintes, pour que ta vision reste intacte ?
Complètement. Souvent, je me dis : "Heureusement que je sais faire ça". Aujourd'hui, c'est une chance incroyable de pouvoir me dire : ce n'est pas grave si le rendu qu'on m'a donné ne me satisfait pas totalement, je peux toujours essayer de m'en charger moi-même. Ça peut même soulager les gens avec qui je bosse.
L'EP commence par la phrase "Cette année, elle est à moi". Tu es quelqu'un qui a beaucoup d'ambition ?
J'ai beaucoup d'ambitions oui, vraiment beaucoup. J'aime toutes mes chansons, ce sont tous mes bébés ! C'était une manière de manifester. C'est vraiment quelque chose que j'ai écrit pour me pousser à être dans l'action, et une réponse à plein de gens qui m'ont déçue, de choses qui m'ont fait du mal, pour me dire : "En fait, cette année, peu importe ce qu'on dira de moi, elle sera à moi, je vais tout péter et donner le meilleur de moi-même".
Ce serait quoi le goal ultime en tant qu'artiste ?
Le goal ultime, ce serait de pouvoir remplir mes salles, de pouvoir me produire sur scène, et d'avoir un public qui puisse chanter mes chansons. Ce serait déjà un truc incroyable pour moi.
Dans l'EP La folle du bus, il y a un mix hyper intéressant entre plein de genres et de styles différents. Comment ça fonctionne quand tu composes ?
Quand je compose, ça part toujours à partir d'une grille d'accords que je vais poser. Je vais être avec mes producteurs et en fonction de l'énergie dans laquelle on est, on va se dire par exemple : "Let's go en hyperpop". Pour le titre "Après l'amour", on était en plein été, c'est mon guitariste Théo Hubinon qui a gratté une grille d'accords et on s'est dit : "Ça donne une vibe reggaeton, on fait du reggaeton". On part toujours de zéro. Ça va partir d'un mood, d'une intention. Par exemple avec mon producteur Sutus, on va regarder les Winx ou écouter une musique et se dire qu'on veut faire un son comme ça. Tout peut nous inspirer.
C'est quoi la clé pour réussir à harmoniser et équilibrer toutes ces inspirations ?
Mon analyse, c'est de me dire que j'ai mes producteurs de base, Axel Logan et Sutus. Le son reste souvent cohérent puisqu'ils ont une patte à eux et vont utiliser les mêmes presets. On a des choses qui se ressemblent et l'identité reste aussi présente par ma manière de poser. La voix est un instrument, et c'est avec elle que j'arrive à garder l'identité de la production.
Tu as l'impression que les lignes ont bougé sur la place qu'on laisse aux artistes féminines ?
Je pense qu'on laisse de plus en plus la place aux artistes féminines. Ce n'est pas toujours évident, je trouve. On est dans un milieu qui reste très masculin. Mais aujourd'hui, il y a beaucoup de femmes dans l'industrie de la musique qui se battent pour ça et qui commencent à ouvrir des portes. Je pense notamment à Théodora, qui réussit à ouvrir un marché pop qui existait encore beaucoup moins il y a quelques années. Et quand je vois des Miki et plein d'autres artistes fabuleuses... Ça nous permet de nous dire que nous aussi, on peut le faire. Le chemin est long, mais aujourd'hui la France c'est notre time ! Cette année, elle est à nous toutes.
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