Quand on pense au Studio Ghibli, on imagine immédiatement des chefs-d'œuvre comme Le Voyage de Chihiro, Princesse Mononoké, Mon voisin Totoro ou encore Le Château ambulant. Des films devenus des références absolues de l'animation mondiale et qui ont contribué à faire d'Hayao Miyazaki une véritable légende du cinéma.
Mais même les plus grands studios connaissent parfois des faux pas. Et dans l'histoire de Ghibli, aucun projet n'a suscité autant de tensions que Les Contes de Terremer.
Disponible actuellement sur Netflix, ce long-métrage sorti en 2006 occupe une place à part dans la filmographie du studio japonais. Non seulement parce qu'il a profondément divisé la critique et le public, mais surtout parce qu'il est au cœur d'une relation compliquée entre Hayao Miyazaki et son fils, Goro Miyazaki.
Adapté librement de la célèbre saga littéraire d'Ursula K. Le Guin, Les Contes de Terremer raconte l'histoire d'Arren, un jeune prince tourmenté qui fuit son royaume après avoir commis un acte irréparable. Sur sa route, il croise le puissant mage Ged, engagé dans une enquête inquiétante : l'équilibre du monde vacille, les dragons réapparaissent et la magie semble perdre toute stabilité.
Une aventure ambitieuse, sombre et philosophique, qui avait tout pour devenir un nouveau classique du studio.
À l'époque de la production, Goro Miyazaki n'avait pourtant aucune expérience en tant que réalisateur. Architecte paysagiste de formation, il travaillait au musée Ghibli lorsque les dirigeants du studio lui ont proposé de prendre les commandes du projet.
Une décision qui n'a jamais convaincu Hayao Miyazaki.
Un documentaire diffusé par la chaîne japonaise NHK sur les dix années de travail du maître de l'animation montre à quel point les relations entre le père et le fils étaient tendues pendant la fabrication du film. Une scène est restée célèbre : alors que Goro lui présente son travail, Hayao Miyazaki quitte la salle pour aller fumer une cigarette avant de lui lancer : "Tu ne devrais pas faire un film basé sur tes émotions".
Une phrase qui résume à elle seule le fossé artistique qui séparait alors les deux hommes.
Dans une interview accordée au Los Angeles Times en 2006, Goro Miyazaki reconnaissait lui-même les difficultés de leur relation :
"Pour être honnête, nous ne sommes pas très proches ; nous ne savons pas comment communiquer".
Les craintes d'Hayao Miyazaki se sont partiellement confirmées lors de la sortie du film. Malgré de bonnes performances au box-office japonais, Les Contes de Terremer a reçu un accueil très mitigé à l'international.
Aujourd'hui encore, le long-métrage affiche seulement 37 % d'avis positifs de la part de la presse spécialisée sur Rotten Tomatoes, tandis que le score du public atteint 46 %. Des résultats extrêmement rares pour une production Ghibli, habituellement saluée par la critique comme par les spectateurs.
Pour autant, le film conserve de nombreux défenseurs. Certains admirateurs du studio apprécient son atmosphère mélancolique, ses thématiques sur l'identité et la peur de grandir, ainsi que sa direction artistique qui reste fidèle à l'excellence visuelle de Ghibli.
Avec le recul, Les Contes de Terremer apparaît surtout comme un témoignage fascinant d'une période charnière pour le studio : celle où l'héritage d'Hayao Miyazaki commençait à être transmis à une nouvelle génération.
Près de vingt ans après sa sortie, le film continue d'alimenter les débats. Est-il réellement le plus grand échec de Ghibli ou une œuvre injustement jugée à l'ombre des chefs-d'œuvre de son créateur ? Une chose est sûre : c'est probablement le film le plus personnel et le plus douloureux de l'histoire du studio.
Chacun peut se faire sa propre opinion en se rendant sur Netflix.
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